Archive pour juillet 2012

Janasse dans le bonheur

lundi 30 juillet2012

“Il eut suffi de presque rien, de quelques années de moins, pour que je te dise je t’aimeeeeee…..” L’avant-dernière m’ayant paru sur le déclin, j’avais garé la dernière dans le casier des bouteilles “bonne pour la sauce”. Et puis l’autre soir après une journée exécrable au travail, j’ai pris ma douche, me suis enquis auprès de ma mie du menu et me suis dit qu’un poulet fermier qui avait le bon goût de se baigner en compagnie de pommes de terre et d’oignons, qui avait choisi cerfeuil, estragon, menthe et  basilic pour parfumer le bain ne pouvait quitter ce bas monde emporté par un verre d’eau. J’ai demandé à ma fiancée si ingurgiter quelques centilitres de rouge était une activité envisageable dans un avenir proche. La réponse étant évasive, je fis une analyse rapide de la situation : plat dont je raffole, seul à boire et lever demain 4h30. Résultat : ouvrir une bouteille que l’on peut envisager ne pas finir sans regret. Et là, au frais dans la cave, m’est revenu en tête cette dernière bouteille de Garrigues 1997 du Domaine de la Janasse. Remontée rapide de la cave, ouverture dans le même tempo et service à l’unisson. Oui, tout ça rapidement car à chaque fois je me fais tancer; je file toujours à la cave au moment où le plat chaud arrive sur la table. Le nez dans le verre, j’ai tout de suite senti que cette dame n’était pas sa jumelle. Pour les férus de note de dégustation je dirais, pour bien concentrer le propos et donc en résumé :”Hummm! Ah P….ça  c’est bon!” Nous étions en ligne directe avec le vin, le cépage, le terroir et  le vigneron*. Ne pouvant réprimer quelques grommellements de plaisir, mon amoureuse s’est dangereusement rapprochée de mon verre. Dés cet instant j’ai compris que l’irréparable pouvait se commettre à tout instant. Ce qui ne manqua pas d’arriver dans les minutes qui suivirent. Angèlinabellatchitchi, prénom corse un peu long il est vrai, se leva et prit un de ces grands verres fins volés au Château Moulin Pey-Labrie, arme redoutable de 4eme catégorie. Je me retrouvais à découvert, quasiment nu avec mon petit verre INAO. Par bonheur la dame éprouve à mon endroit, plus qu’à mon envers d’ailleurs, quelques sentiments et me laissa parfois accéder au flacon. La question d’un éventuel gaspillage ne se posa pas. Tout bu et même regretté que cette belle bouteille n’ait pas eu une sœur cachée.

* Je garde un très bon souvenir de cette journée passée avec Jacfé et Christophe Sabon, qui nous fit un cadeau royal en nous offrant une bouteille de sa cuvée “Les Vignes Oubliées”. Grenache 1995 ramassé tardivement, si je ne me trompe-je.

Domaine de La Janasse
Aimé, Christophe et Isabelle Sabon

27, Chemin du Moulin
84350 COURTHEZON
Téléphone: 04 90 70 86 29

Mimi, Fifi et Glouglou – Minéralité

mardi 24 juillet2012

Une expérience de l’eau de là

lundi 16 juillet2012

Je ne sais pourquoi certaines fois, heureusement rares, je me dis dès le placement à table : “Mais P…! Kéno t’es vraiment trop c..! Tu le savais et tu as accepté!…Tu ne la ramènes pas, tu t’escamotes dès que possible en t’excusant de partir si tôt mais tu te lèves à 4h et vieux comme t’es, tu ne le supportes plus, bla bla bla….”

….”Bon alors : Raphaël entre les deux André, Luc en face d’Alain et toi Philippe, ici à côté de moi!…. Comme mon petit bristol vous l’annonçait, je vous ai réuni ce soir pour que nous évoquions le mystère de l’eau et subséquemment son concept inhérent :”S’il est soluble dans le vin, Dieu l’est-il dans l’eau?”….Et afin d’éclairer nos esprits et pour être en osmose parfaite avec notre thème, nous allons accompagner notre végétal repas d’une sélection d’eaux minérales!”…. Cela devait bien faire vingt minutes qu’Enthoven parlait, je voyais en surimpression apparaitre les mots-clés de son discours et je ne comprenais toujours rien. Pourtant Finkielkraut et Glucksmann avaient bien tenté de me l’introduire mais décidément je n’arrivais pas à intégrer ce concept. Bien trop gros pour un si petit QI. Ferry et Comte-Sponville atterrés se demandaient ouvertement ce que je faisais là parmi eux. Puis l’image s’est brouillée, tout est devenu flou autour de moi, je changeais de monde, à mesure que leurs voix s’évanouissaient dans le néant surgissait de ce brouhaha une voix qui me paraissait familière et amicale.

Il a souvent été dit par ceux qui ont vécu cette étrange expérience que seule leur farouche envie de vivre les avait sauvés du néant qui les appelait au bout de ce tunnel éblouissant. Mon désir de vivre fut, ce jour-là, le plus fort. D’un filet ténu, la voix devint plus précise et je finis par discerner quelques bribes significatives ou du moins suffisamment évocatrices pour que je revienne à la vie. Car il s’agit bien ici d’une expérience mystique à laquelle j’ai participé bien malgré moi. Cette voix disait :”Philippe, réveille toi sinon t’auras pas de saint jacques à la crème et le jero de Mémé 90 est presque vide, alors tu arrêtes ta sieste et tu te pointes à table!”

Décidément on n’échappe pas à son destin et vouloir absolument se démarquer du commun des épiciers en regardant exclusivement Arte ne me vaut rien.

Mimi, Fifi et Glouglou – Un véritable poison

mardi 10 juillet2012

Avaler des merveilles

lundi 2 juillet2012

L’accroche avait de la gueule. Les trois escrocs m’avaient vendu l’affaire à peu près en ces termes : “Et au sommet t’apparaitra, au milieu d’une clairière à l’ovale parfait, un lac aux eaux pures dont, de l’onde cristalline, des naïades aux cheveux d’or sortiront pour entamer avec toi au crépuscule un ballet païen et torride qui te transfigurera et fera ressortir ton animalité brutale et sauvage”.

L’expérience se devait d’être initiatique, donc le premier jour fut consacré à la Vallée des Merveilles et à ces vestiges laissés par une jeunesse oisive en mal d’identité revendiquant à grands coups de silex le droit à exister. De cette période trouble, datant de 3000 ans avant J.C., ne perdurent que ces milliers de graffitis, obsession des autorités locales qui ont le plus grand mal à les faire disparaître.

Seul souvenir agréable de cette journée : ce petit en-cas diététique au refuge, terrines de pâté, rillettes, saucissons, “Rosé d’un jour” 2001 de Mark Angeli, le blanc d’Hervé Souhaut 2000 et Briand 99 de Gérald Oustric. Tout ceci sous le regard ahuri d’une bande de randonneurs patentés. Pour le reste, une vraie torture, marche forcée sous le soleil harassant et le soir s’il n’y avait eu ces deux bouteilles de Gramenon je serais allé me coucher sans boire.

Cette première journée n’avait eu pour but que de me distendre les ligaments du genou gauche et ainsi permettre le début d’un épanchement de synovie que je mettrais des mois à résorber, m’obligeant à abandonner la pratique du tennis de table et une carrière très prometteuse d’épongiste professionnel. L’ascension débuta par une très sévère côte au pourcentage ahurissant sous une pluie perfide et persistante qui coulait à l’intérieur de mon K-way, ruisselant le long du dos et des bras. Le souffle court aidé par une atmosphère saturée en humidité, j’ai grimpé durant des heures tout en me faisant bassiner les oreilles par le discours de l’escroc en chef qui ne cessait de vanter l’incomparable spectacle qui nous attendait. Et quand enfin nous arrivâmes au sommet dans un dernier râle, ce fut pour découvrir un marigot dans lequel nous aurions pu à peine patauger et entendre l’autre margoulin s’étonner à haute voix que c’était vraiment dommage car c’eut pu être “très beau”.

Depuis ce temps je prends bien soin de rester ami avec lui, mais ne manque pas une occasion de lui rendre, en sous-main, la vie plus difficile par de multiples mesquineries que je fais passer sur le compte de l’âge. En particulier j’ai mis de côté une sélection de vins exécrables que je compte bien lui mettre sur la table lors d’un vrai repas de m…. tout au souvenir dédié à ce week-end de 2003.

“N’oublions jamais!”