Archive pour septembre 2016

Les dures journées du patrimoine.

lundi 26 septembre2016

Le dimanche 19 septembre, sans crier gare, j’ai vu déferlé l’ami Franck avec en main le “Guide du Petit Pochetron” et dépassant une feuille collée maladroitement, à la va-vite, référençant ma cave comme lieu inscrit au Patrimoine et pouvant être visité ce jour, le bougre avait tellement l’air sûr de lui. Faute d’inattention, j’ai trop tardé à refermer la porte, et du coup se sont retrouvés autour de la table, Almut, antiquaire allemande spécialisée dans les bijoux anciens et les vieux brocanteurs, Philippe, vieux brocanteur grassois, principal et peut-être unique pièce de la collection d’Almut et Daniel Mathieu, le père d’Alex-ex-Bistral. Alors pour ceux qui se sont toujours posé la question du pourquoi du comment Alex peut manger et boire autant, j’ai la réponse : C’est héréditaire.

Daniel Mathieu

Grâce à lui nous avons évité le statut de naufrager du temps.

Parfaitement situé en bout de table, Daniel, le géniteur, a géré la circulation des bouteilles qui croisaient à portée de main, prélevant à chaque passage une taxe qu’il nous a dit être une tradition liée à cette journée du patrimoine, le plus ancien présent pouvant à sa guise ponctionner ce que bon lui semblait durant tout le jour et jusqu’à la nuit tombée. Afin de montrer à l’assistance ma bonne volonté j’ai ouvert une bouteille de Kopin 2014 du gang Ganevat, qui est à point en ce moment. Habitué des soirées exotiques des ambassades durant toute sa carrière professionnelle d’architecte itinérant, Daniel a réclamé en tapotant fermement une bouteille vide de son couteau, une bouteille de Champagne. J’avais justement au frais “Violaine” 2010 de Benoit Lahaye, délicieuse, malheureusement notre boite de “Mon Chéri” était vide, ce dont il me fit sèchement la remontrance. Franck s’est rappelé que lors de son dernier passage nous n’avions pas eu le temps d’ouvrir Marcel Lapierre MMV. Bon ben tant pis, il s’en était souvenu. Ah! Et puis journée du Patrimoine oblige nous avons convoqué “Mémé 2006”, encore pêchue mamie. Du coup nous nous sommes dit : “Serait-il possible de revenir sur 2005 avec Côte du Py de Jean Foillard, sans être happés dans les méandres de l’espace temps. 2014 – 2010 – 2005 – 2006 – 2005 – Nous vivions dans l’instabilité, l’enfer possible au fond du verre, nous étions complétement terrorisés.

Vivent les journées du Patrimoine.

Nous avons élaboré un projet de semainier. Le jeudi, ce n’est pas ravioli, c’est Mémé.

Daniel nous a dit : “Ne craignez rien les enfants, c’est moi qui pilote, faites confiance aux anciens, laissez l’expérience prendre le pouvoir! Je connais un moyen et un seul d’échapper à cette errance éternelle, c’est de boire un Moscato d’Asti de la Belle Alessandra Bera et derrière pour finir un Mauzac Nature des Plageoles Boys. Croyez-moi il n’y a plus que ça à faire!” Respectueux nous avons suivi à la lettre les conseils de notre ami. Il avait raison, ces deux magnifiques bulles nous ont sauvé d’une course intemporelle vers le fond à droite de la Galaxie, et au-delà. Puis nous avons convoqué les esprits en faisant de la fumée que nous avons chargée de vapeurs Cazottiennes. Bon ben en tout cas, sans Daniel nous étions perdus. P…! La vache on a eu chaud aux miches! Merci Daniel!

Pur Jus, soif d’apprendre

lundi 19 septembre2016

capture-decran-2016-09-14-a-22-43-57 capture-decran-2016-09-14-a-22-43-57-copiepur-jus

D’un côté, on a Bayer qui bouffe Monsanto, Lactalis qui étrangle les producteurs de lait et certain candidat à la présidentielle qui se demande si après tout, le changement climatique… Bon, ne sautez pas tout de suite par la fenêtre, on a aussi des bonnes nouvelles : Fleur Godart et Justine St Lô viennent de publier “Pur jus” aux éditions Marabout, et c’est LA bd glouglou de la rentrée,  220 pages aussi désaltérantes qu’une quille de macabeu !

Elles ont passé un an à butiner chez une petite trentaine de vignerons nature (Jeff Coutelou, Alain Castex, Philippe Jambon, Cyril Fahl, Catherine Riss etc, etc…) tout un pollen d’expériences, d’essais, de pratiques vigneronnes qui cherchent à comprendre au lieu de brutaliser. Tout ce que Davodeau nous révélait dans les Ignorants, Fleur et Justine le prolongent et l’approfondissent, au sens propre, puisqu’elles nous font descendre au bout des racines pour piger le processus de la mycorhize ou comment le manganèse devient soluble et donc toxique dans les sols de gneiss trop acides… Mais pas d’affolement, cette bd est comme un traité d’agronomie hyper-pointu qui serait capable de captiver n’importe quel public grâce à l’imagination sans limites de Fleur et Justine pour mettre en images des notions complexes. Les personnages changent de taille, ont tout d’un coup des bras en rameaux de six mètres de long, des ailes de papillons, pas de problème, tout est possible ! À lire pour avoir encore plus de raisons d’avoir soif !

Mimi, Fifi & Glouglou – Label

lundi 12 septembre2016

Exceptionnellement, cette histoire est inspirée de faits réels et d’une personne réelle, un marin qui a besoin de faire des phrases, et pour qui un des principaux inconvénients du crabe, c’est qu’il n’y a aucun vin qui va avec.

MFG-Mimi-Chimio-1MFG-Mimi-Chimio-2MFG-Mimi-Chimio-3MFG-Mimi-Chimio-4MFG-Mimi-Chimio-5 copieMFG-Mimi-Chimio-6MFG-Mimi-Chimio-7

Avaler des Merveilles.

lundi 5 septembre2016

En ce début septembre, il est temps de faire le point sur l’activité physique produite durant tout cet été et, si nécessaire, pratiquer quelques randonnées en montagne pour mettre ses actes en conformité avec les volontés affichées au début de l’été. Ainsi en 2003, nous tentâmes, non loin, en un week-end de combler notre déficit, le souvenir que j’en garde, outre des genoux définitivement cagneux, est pour le moins mitigé.

Délivrance revisité.

Délivrance. Le grand classique de John Bourremann

L’accroche transpirait l’arnaque, l’expérience serait initiatique, nous allions communier avec Mère Nature. D’entrée j’aurais dû me méfier, moi la nature c’est parfait à domicile sur Arte ou bien si elle se manifeste au fond de mon verre, mais devoir aller à l’extérieur pour la rencontrer, en altitude après plusieurs heures de marche, non merci. Les trois escrocs m’avaient vendu l’affaire à peu près en ces termes : « Et au sommet t’apparaitra, au milieu d’une clairière à l’ovale parfait, un lac aux eaux pures dont, de l’onde cristalline, des naïades aux cheveux d’or sortiront pour entamer avec toi au crépuscule un ballet païen et torride qui te transfigurera, exacerbant paroxistiquement ta viscérale animalité brutale et sauvage ». Autre passage du prêche, un truc du genre « tu trouveras en toi, au-delà de la douleur, un état de semi-conscience qui te rapprochera de l’absolue connaissance de ton toi profond ». Cette simple remémoration me stresse encore le fondement.

Mark Angéli

Mark Angéli. Rosé d’un Jour 2001

Le premier et avant-dernier jour fut consacré à la Vallée des Merveilles et à ces vestiges témoins du désarroi d’une jeunesse oisive en mal d’identité revendiquant à grands coups de silex le droit à exister, contestant cette société de consommation où il n’était question que de posséder toujours plus. L’un de mes compagnons fit remarquer, constatant l’absence de tout vestige de structure sociale d’accueil, qu’il était normal que la délinquance se soit développée dans ce désert culturel et aboutisse à ce chaos. De cette période trouble, datant de 3000 ans avant J.-C., ne perdurent que ces milliers de graffitis, obsession des autorités locales qui ont le plus grand mal à les faire disparaître. Seul souvenir digne me restant de cette journée, ce petit en-cas diététique au refuge, terrines de pâté, rillettes, saucisson, Rosé d’un jour 2001 de Mark Angeli en apéro, le blanc d’Hervé Souhaut 2000 pour maintenir la bouche fraiche et Briand 99 de Gérald Oustric en dessert.

Hervé Souhaut

Hervé Souhaut. Blanc 2000, qui devait être un de ses tous premiers millésimes.

Tout ceci sous le regard ahuri d’une bande de randonneurs patentés venus nous narguer avec leurs barres protéinées, qui, malgré l’immensité du site, étaient venus se coller à nous, le couple immédiatement à notre contact nous lançant des SOS désespérés du regard, nous suppliant de déverser par mégarde dans leurs gobelets plastique quelques gouttes de notre breuvage en lieu et place de cet horrible liquide inodore et sans saveur qui occupait tout l’espace de leurs gourdes, guettant, tels deux piafs affamés, le morceau de pain que nous abandonnerions chargé de sa strate de rillettes. Pour le reste, une vraie torture, marche forcée sous un soleil harassant, les tympans anesthésiés en permanence par un laïus insipide sur la beauté environnante, la qualité de l’air et les bienfaits de la randonnée en altitude. Harassé, détruit, je peinai lamentablement à marcher, mes vieilles articulations me faisant atrocement souffrir. J’invoquai Saint-Roch, patron des pèlerins, Saint-Jacques, des randonneurs, et Saint-Nicolas, des marchands de vins, tant mon martyr était grand, les implorant de me venir en aide. Seul ce dernier entendit mon appel, m’envoyant un signe chargé d’amour, j’aurais dû me douter que les deux autres ne feraient rien pour me sauver, étant vaguement croyant et pratiquant uniquement sur le trajet qui mène de la tonnelle à la cave. Alors que je m’apprêtais à entamer ma dernière ascension de la journée qui me jetterait totalement fourbu sur mon grabat, un pied en enfer, du fond de mon sac à dos, un doux bruit vint m’insuffler une grande bouffée d’espoir pour un retour à la vie. Tout au long de mon calvaire j’avais la journée durant promener sans le savoir au fond de ma besace deux bouteilles de Gramenon, imitant en cela les expériences tentées de vieillissement accéléré des vins en fond de cale de bateau ou au fond des mers. Mon supplice aura-t-il au moins permis de faire évoluer la science ? N’aurais-je enduré ce chemin de croix, subi cette épreuve en vain ? J’opérais lentement un demi-tour, redescendais les quelques marches et rejoignais à table les trois aigrefins. Seule la perspective de deux bouteilles de Gramenon pouvait me ramener à la vie l’instant d’un repas. S’il n’y avait eu ces Sagesse et Sierra du Sud je serais allé me coucher sans boire. Cette première journée n’avait eu pour but que de me distendre les ligaments du genou gauche et ainsi permettre le début d’un épanchement de synovie que je mettrai des mois à résorber, m’obligeant à abandonner la pratique à très haut niveau du tennis de table et donc ma carrière prometteuse d’épongiste professionnel. Pas de réseau, pas d’avocat, mais je me promettais dès notre retour à la civilisation d’entamer à l’encontre du gourou et de ses deux prédicateurs une action en justice. Finis les coups de rouge, ce serait dans un avenir très proche une avalanche de petits bleus.

Gérald Oustric.

Gérald Oustric. Le Mazel 1999, cuvée Briand.

Ultime jour, l’ascension débuta par une très sévère côte au pourcentage ahurissant sous une pluie perfide et persistante qui coulait à l’intérieur de mon K-way, ruisselant le long de mon dos et des bras. Le souffle court aidé par une atmosphère saturée en humidité, j’ai grimpé durant des heures tout en me faisant toujours autant bassiner les oreilles par le discours de l’escroc en chef qui ne cessait de vanter l’incomparable spectacle qui nous attendait. Et quand enfin nous arrivâmes au sommet dans un dernier râle, ce fut pour découvrir un marigot à moustiques dans lequel nous aurions pu à peine patauger et d’entendre l’autre margoulin s’étonner à haute voix « Quel dommage car c’eut pu être très beau, surtout avec cette pluie délicate qui en irise la vision ». Depuis ce temps je prends bien soin de rester ami avec eux, mais ne manque pas une occasion de leur rendre, en sous-main, la vie plus difficile par de multiples mesquineries que je fais passer sur le compte de l’âge. Je collectionne à leur intention des flacons douteux, voire exécrables, que je ne manque pas d’ouvrir lors de petits repas que nous faisons entre “amis”, prenant un malin plaisir à les leur présenter de façon ostentatoire, leur rappelant aussi à quel point il est important pour moi de partager ces moments d’intense plaisir avec eux, eux mes vrais amis, eux grâce à qui j’ai découvert que l’ivresse décime. Ces bouteilles je les traque sans relâche, me renseignant sur les millésimes les plus pauvres des vignerons les plus incompétents, je fais les foires aux vins des grandes surfaces, repérant ici et là la pépite qui saura me rendre plus belle ma journée et ne pas regretter mon investissement. Il ne faut pas être ingrat avec les gens qui ont su vous procurer d’intenses émotions et je ne le serai pas, promis, juré, je ne le serai pas.

Texte extrait de 30 Nuances de Gros Rouge, aux Éditions de l’Épure.