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Vœux olympiques

Sur le sujet du sport, nous sommes intransigeants. Nous n’en faisons jamais.

Mais c’est un spectacle pittoresque et somme toute divertissant. Certains, peu nombreux, voient même dans la perspective des grandes compétitions parisiennes un prétexte à réjouissance, une lueur d’espoir, une flamme pour réchauffer nos enthousiasmes congelés. Glougueule vous veut du bien, des podiums, des médailles, la liesse populaire ! Bonne année et n’oubliez pas de vous ravitailler !

 

Planète D

Ce week-end, le ouèbe se met en congé, Glougueule sera underground pour une immersion de deux jours dans l’atmosphère euphorisante de la planète D, avec température et hygrométrie contrôlées.

À bientôt !

2023 Boivages immobiles

« Si vous acceptez le hasard comme maître du jeu

et les aventures de comptoir,

amarrez-vous à la table en entrant et attendez-moi.

Nous aborderons 2023 ensemble »

Tel était l’énigmatique message

laissé par notre ami Emmanuel Guibert pour le réveillon.

Lumineuse soirée où nous avons lentement glissé

vers l’an nouveau, les yeux au ciel,

admirant à travers le prisme de nos verres

notre astronomique découverte :

La Grande Vineuse.

Emmanuel et toute l’équipe de Glougueule

vous souhaitent pour cette nouvelle année

d’aussi intenses voyages immobiles

Ugh, atteindre la Sagesse

Atteindre la Sagesse, cela m’était arrivé de nombreuses fois, je m’en souviens bien. C’est le casier entre Papesse et Mémé, avec les magnums au fond de la cave à droite.

Mais l’état permanent de zénithude grâcieuse, ça non.

Un petit côté soupe au lait qui me reste de mon état précédent d’épicier teigneux, la tentation trop grande et fréquente d’ouvrir la boite à baffes au moindre signe de contradiction, enfin ces signes précurseurs du vieux con qui déboulent m’ont amené à une prise de conscience.

Je m’en suis épanché auprès de ma fiancée qui m’a préconisé une rapide reprise en main, me conseillant le re-visionnage de « Little Big Man » d’Arthur Penn. C’est en méditant sous la pluie au sommet d’une colline que Dustin Hoffman, attendant la mort, découvre la voix qui mène à cet état que Toto connait de toute éternité, cette paix intérieure que rien, ni personne, ne saurait entamer, sauf peut-être l’extraction foireuse d’un bouchon.

Zoé Thouron, sans que nous ne lui expliquassions, sans un mot ni écrit, a synthétisé cet état en un dessin que j’ai tout de suite interprété comme un signe. Ah merci Zoé, si tu savais à quel point ce message me réconforte, je peux donc parvenir à la sérénité pleine et entière grâce et par le vin. Mais c’est pas possible d’être aussi branque, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ?

Si tout fout l’camp, toi au moins reviens.

Voilà que se repointe ce satané 12 avril et toujours pas de réincarnation. Les années passent, la place reste vacante, on attend, patients et tristes, alors on boit. Certes il n’était pas nécessaire que tu t’absentes pour ça, mais nous manquons d’entrain, plus la niaque, personne pour la cadence, une nonchalance désabusée.

Si tu t’obstines et campes sur ta position horizontale nous allons verser dans une forme d’alcoolisme mondain comme tu les aimais tant. Moi je m’en sors à peu près dans le Sud mais tu imagines notre Toto sollicité au quotidien dans la capitale.

Si seulement tu nous faisais un signe.

Pause Cryptum : Par hasard t’aurais pas croisé Fred ?

More than Magnum

” Citius, Altius, Fortius “, plus vite, plus haut, plus fort, est la devise des Jeux olympiques modernes, mais nos Dieux de l’Olympe à nous…boivent plus grand. Il nous fallait une affiche dans un format à l’image de notre soif immense, un 60 x 80 cm hommage à nos amis, certains disparus, détenteurs officiels des records gravés de toute éternité dans le tuffeau.

Note à Béné : C’est à l’aide d’un crayon à papier de dureté 2B, strié de bandes verticales jaunes et noires de marque Staedler, acheté tout récemment 0.95€ TTC chez son papetier, installé depuis plus de trente ans dans le XIème arrondissement de la capitale, que chaque exemplaire a été authentifié, le Maître y ayant préalablement apposé sa signature par le truchement de sa main droite.

Nouveautés d’automne chez Glougueule

Jusqu’où nous arrêterons-nous ?
Nous vous avions déjà estomaqués avec la sortie de nos dernières productions, tant par la qualité que par la thématique. Nous récidivons avec trois nouvelles affichettes 30 x 40. La première est de Zoé Thouron. Séquestrée de longue date dans les soubassements de notre immeuble, elle n’avait d’autre choix si elle voulait recouvrer la liberté.

Terreur Graphique, fraîche recrue, je ne sais plus au cours de quelle soirée/circonstance Michel lui a fait signer son contrat sur un coin de nappe de restaurant ? Toujours est-il que son sort est scellé, il occupe désormais la place laissée vacante par Zoé au sous-sol. Déçu par le procédé, il a manifesté sa désapprobation en nous créant une affichette à l’horizontale.

Pour terminer, l’homme de base de cette aventure humaine du XXIème siècle, l’indémodable, l’incomparable, l’inénarrable « Michel Tolmer » qui nous gratifie de l’illustration d’un de ces traits d’humour dont il est coutumier et qui ont rendus ses parents si fiers.

Glougueule Mission Planète Rouge

Nos trois Éros sur le pas de tir.

La destruction méticuleuse de notre planète ayant réussi, il est acquis que l’avenir de notre humanité se situera sur Mars pour le moindre. Toujours à la pointe de l’innovation, Glougueule s’est lancé dans l’aventure un peu par plaisir, beaucoup par défi. Les génies, au risque de se perdre, doivent s’occuper l’esprit en permanence.

Dernière vérification de la bouteille de secours.

Dernière vérification de la bouteille de secours.

Parvenir à mettre sur pied un programme de cette ampleur nécessite une énorme mise de fonds. La rencontre non fortuite de Don Felipe dos Gombos au restaurant de l’Hippodrome de Saint-Cloud fut primordiale et à l’origine du succès de notre opération. Aventurier téméraire, il tint à s’intégrer physiquement à l’entreprise. Sa manne nous permit de développer les prémices de ce qui allait s’avérer être un concept révolutionnaire : l’adjonction d’une subtile proportion d’éléments vineux à l’oxygène pur respiré, avec pour effet immédiat l’amélioration très sensible des capacités cognitives du sujet. Nous sommes à ce point certains de cette option et déterminés à poursuivre dans cette voie que nous nommons nos voyageurs de l’espace, non pas cosmonautes, astronautes ou spationautes mais « Jajanautes ». L’avenir nous confirmera sans doute possible l’extrême justesse de notre concept.

Seuls face à l’Histoire

 

Philippe Quesnot : la vérité sur le phénomène Mimi, Fifi et Glouglou

La lumière ne me sied point et dénature la palette des subtiles nuances que collectionne mon visage. L’ombre me convient, je l’occupe sans déplaisir sur la scène de notre théâtre Glougueulien, les feux de la rampe pour Michel, les cintres pour moi. Il est mon Yves Saint Laurent, je suis son Pierre Bergé. Chacun son rôle, j’investis le mien avec toujours autant de plaisir depuis une quinzaine d’années, mais j’aimerais profiter de l’occasion de la sortie du 3ème opuscule des tribulations de Mimi, Fifi et Glouglou pour remettre les pendules à leurs places.

Quel serait leur succès si nos trois énergumènes étaient de réelles pointures, si nous devions assister à leur bonne fortune permanente ?
Sans risque, je dirais que leurs aventures n’intéresseraient personne car en vérité, mes biens chers frères, qu’aimons-nous dans la vie et plus particulièrement chez nos trois compères ? C’est qu’ils se gourent avec constance, que ces insuffisants se plantent magistralement, qu’ils échouent lamentablement, qu’ils se vautrent piteusement, voilà où réside notre bonheur. Non ?

Et comment en arriver là ?

Nulle affabulation, seul le vécu inspire.
Il aura fallu pour atteindre ce degré de véracité s’attacher les services d’un partenaire, à la fois coach et traceur, qui aura su préparer le terrain, anticiper, défricher et surtout apporter toute la suffisance de son inculture.
Je revendique donc une part de la gloire de MFG, mes plantages constants en dégustation, mes immenses lacunes et mon incommensurable ignorance devraient, s’il le fallait, plaider en ma faveur si je ne devais pas être reconnu à ce titre.

Michel grâce à son génie et sans mon aide, se serait certainement tout aussi bien ramassé au cours d’évidentes dégustations, aurait dit autant de foutaises, arrosé son auditoire d’aussi magnifiques inepties, mais tout ceci sans la fiabilité et l’apport de mes incompétences.

Pour avaler ce que de droit,                                                                                      

Philippe Quesnot

Fait à Grasse le 5 Mars 2021

La Mercos’ à Dadd’

Les tempes cendrées, le cheveu rare, un léger relâchement de la sangle abdominale, le geste à peine plus lent, font souvent oublier aux jeunes que nous aussi, à notre époque, nous étions de sacrés rebelles qui se permettaient de parler à table sans y être invités, qui disaient « vachement » à tout bout de champ, rappelant à leurs parents que le temps de « bath » avait disparu avec les dinosaures du musette. Nous avons eu les cheveux longs et gras, des jean’s moulants avec des feux de plancher, des chemises fleuries et  « Woodstock » était notre référence absolue en terme de musique…Mais passons à une époque un peu plus récente : début des années 2000.

Ce jour-là Frankie avait emprunté la rutilante Mercedes de son père qui lui avait recommandé d’y faire plus qu’attention en des termes qui ne laissaient aucune équivoque. J’avais bien une poubelle ambulante, mais aurait-elle accepté de nous porter jusqu’à Ampuis et son Salon de la Côte Rotie?

L’aller fut à l’image des recommandations du père. Pas d’excès.

Comme c’était sur la route, nous avions pris rendez-vous chez Hervé et Isabelle Souhaut du Domaine Romaneaux Destezet pour y* déguster leurs vins. Fallait-il y voir un présage? Nous y retrouvâmes Cyril Bordarier et Pierre Aimé. La ferme fortifiée d’Hervé à Arlebosc, la dégustation des rouges et de son deuxième millésime de blanc, le froid hivernal, la vue superbe sur la vallée, cet énorme bloc de granit qui sert de table à l’entrée et sur lequel nous avons bu une Mémé 90 et un chenin 99 de Poirel. Emmitouflés, le corps au chaud et le nez dans le verre. On aurait dû se méfier, cela démarrait trop bien.

Nous étions en janvier, période particulièrement néfaste à la gente porcine. Quelques jours auparavant, un de ses représentants s’était jeté sur la lame aiguisée d’un membre de la famille Souhaut. Embarrassés par la situation et afin d’éviter tout tracas avec la police, ils transformèrent le suicidé en boudins, saucisses et autres dérivés délectables. Il nous fut gentiment demandé de participer à la veillée funèbre. Rapidement nous avons compris que le disparu devait occuper une position hiérarchique importante tant les bouteilles qui accompagnaient les larmes étaient nombreuses et de toutes régions.

La vérité, je ne sais plus si nous dormîmes sur place ou bien?.. Toujours est-il que nous constatâmes que nous avions avec le couple de parisiens un deuxième rendez-vous commun, à Tupins-Semons chez Jean-Michel Stéphan, à une heure quelque peu identique. Chez Jean-Michel, seule la taille est petite car pour ce qui est du reste, le bonhomme a de la ressource et du talent. Il nous fit déguster l’ensemble des barriques avant de nous emmener manger pas loin de là dans un lieu où il souhaitait nous faire déguster une large palette de Cornas. A ce stade-là, j’avais déjà la jauge au maximum.

Une fois terminé le tour de France des Cornas, Jean-Michel dit : « Il me semble qu’il y a des barriques que vous n’avez pas goûtées, celles du fond ! Allez on y retourne ! » Tous les cinq dans la Mercedes, c’était Goran Brégovic en vallée du Rhône, manquaient que quelques unités du sexe opposé et encore. Ce n’était pas vraiment le but de l’excursion et puis surtout on voulait une bonne ambiance, alors…. Les deux kilomètres qui nous séparaient du restaurant parcourus, Frankie mit au point mort et laissa la Mercedes grimper la petite pente sur son élan pour aller se garer tout près du poteau en ciment.

A peine immobilisés,  les portières s’ouvrirent, ne laissant malheureusement à Frankie pas suffisamment de temps pour consulter le manuel d’utilisation et d’y trouver à la rubrique « frein de parking » que celui de la Mercedes se situe à côté de la pédale d’embrayage et non entre les deux sièges comme il essayait désespérément de l’y trouver.

Il est remarquable de constater comme le bruit d’une portière qui se retourne au contact d’un poteau en béton armé a la faculté de dégriser dans l’instant tous les membres d’une assemblée de joyeux camarades. Les éthylomètres perso furent remis à zéro. Pas une vanne, pas un jeu de mots, rien. Normal aussi, quand on voit 130kg d’amitié très, très énervée, cette réaction d’éviter les phrases alambiquées et les mots inutiles. Notre ami sortit lentement, fit le tour, constata les dégâts, essaya de refermer la portière, d’abord doucement ensuite fermement puis en force. Face à l’échec, il se recula d’à peine un mètre et soudainement mit un violent coup de pompe qui laissa son empreinte dans le métal mais eut le mérite d’obstruer la béance.

Un rouleau de bon vieux scotch marron à large bande et deux mètres de corde plus tard, la réparation faisait illusion. « Dadd’ » n’y verrait que du feu. Pendant cinq minutes les pensées furent au recueillement puis Jean-Michel lança : « Bon on y goûte ? » On y goûta et y goûtûmes, je me souviens très bien que Monsieur Stéphan père faisait de délicieux jus d’abricot et qu’il y avait quelque part dans la cave une ou deux barriques d’eau de feu qu’ils y goûturent, qu’à une heure que nous définirons comme avancée, Frankie et moi fîmes une certaine distance pour trouver un lieu où mettre nos petits corps dans une position horizontale plus appropriée à notre état.

Je vins en aide à mon ami quand le digicode de l’hôtel voulut jouer avec lui à « Questions pour un pochetron » lui posant de perfides questions, tel le numéro de son département et celui de sa carte bleue, que je garde désormais précieusement. Vers midi, après avoir décollé nos yeux à l’eau chaude, nous avons pu nous rendre compte, aux trainées marronnasses qui couraient de leur voiture au bâtiment, que Cyril et Pierre étaient bien rentrés eux aussi et avaient pu atteindre sans trop de dommage l’un la porte d’entrée de l’hôtel, l’autre, quant à lui, nous laissa perplexe quant à sa destination finale, le trajet étant marqué de preuves d’hésitations multiples et certainement soudaines à en juger par les jolis dessins que l’on aurait dit exécutés au pochoir à vomi.

Les premières heures du lendemain matin furent occupées à chercher un carrossier qui accepterait de prendre la voiture et une jolie poignée de billets dès notre retour puis de prévenir Dadd que le séjour se prolongeait quelque peu, ne nous restait plus que 500 kms à faire, dans un blizzard permanent. Voilà comment nous n’atteignîmes jamais Ampuis et comment Frankie s’est fait soulager de quelques belles coupures qui l’encombraient.

* Avez-vous remarqué comme moi cette tendance naturelle à rajouter des « y » dans toutes les phrases à l’approche de la région lyonnaise ? On y fait sans le vouloir.

Liste des vins : Domaine Romaneaux-Destezet – Domaine Gramenon – Château de Suronde – Domaine Auguste Clape – Domaine Thierry Allemand – Domaine Alain Voge – Domaine du Tunnel – Domaine du Coulet

Extrait de Trente nuances de gros rouge, aux Éditions de l’Épure, par Philippe Quesnot, évidemment.

Objectif Lune.

Équipé pour la conquête de l'Est

1969 Année Hérétique.

Y poser le pied, telle était l’ambition affichée par la NASA. La petitesse d’esprit ! Quel manque d’envergure ! Sans l’avoir jamais parcourue, moi je la connaissais, je savais tout d’elle, de ses contours émouvants, de sa délicate géographie, imaginant sa partie la plus intime grâce à une iconographie empruntée sur la pointe des pieds au rayon dédié du marchand de journaux. Nuitamment je la célébrais. Sous mon chapiteau improvisé j’en avais dressé d’une main mal assurée de nombreuses cartes détaillées et mis en place un programme d’études ambitieux où la témérité des options techniques retenues pallierait le manque de crédit.

La question du Module Lunaire et plus spécifiquement son mode de propulsion y apparaissait sans objet, absolument vierge de tout usage, les batteries seraient à pleine charge. Le plan de vol était intentionnellement élémentaire, pas question de passer par une phase d’approche via une orbite elliptique aussi inutile que chronophage, mes calculs confirmaient l’option rectiligne, pas de préliminaire, à ce point certain de mon fait qu’aucune correction de trajectoire n’était planifiée. Il n’en était pas de même pour l’approche finale et l’alunissage, j’avais compulsé bon nombre d’ouvrages spécialisés, mais un grand flou subsistait quant à cette phase ultime, souvent évoquée comme un grand mystère.

J’avais dix-sept ans et me sentais très en retard sur le programme habituel des garçons de mon âge. Il arrive un moment où la théorie ne suffit plus, elle doit laisser le pas à la pratique. Peu importaient mes connaissances et la somme de travaux produits, je devais passer à l’action. Les ingénieurs de la NASA ne s’y trompaient pas, qui avaient vu en juillet une fenêtre de tir idéale. D’ici là je devais recruter, sélectionner et retenir celle des filles de mon village qui serait la première spationaute française.
Dès mes dix-douze ans, j’avais inscrit la fille du boucher sur mes tablettes, je nous avais imaginés sillonnant l’espace infini. La température n’excédant jamais les quatre degrés requis, j’aurais carrelé le sol de la navette et répandu quelques poignées de sciure afin qu’elle ne soit pas dépaysée durant notre éternel voyage. Malheureusement je n’ai jamais pu lui exposer mon projet, surveillée en permanence par une mère faisant office de cerbère et un père dont la stature colossale suffisait à me dissuader de toute prise de contact, même furtive.

Pour les autres candidates, je ne sais où j’ai péché ? Le manque de clarté dans la communication ? Ces petits mouvements de bassin pendant l’exposé ? Toujours est-il que courant mai, j’ai compris que le succès de mon entreprise passerait par une délocalisation, je n’avais suscité aucune vocation dans le bourg, seule ma connaissance de la topographie lunaire avait progressé grâce à la poursuite de mes travaux nocturnes.

Une opportunité s’offrit enfin lorsqu’une amie souhaitant rejoindre son amoureux en Tchécoslovaquie me proposa de l’accompagner. Fin des années 60, USA et URSS se livraient une guerre sans merci pour la conquête spatiale, tellement occupés à se surveiller qu’ils ne prendraient garde à ce petit français venu de nulle part. Et si durant ce bel été 1969, déjouant tous les pronostics, l’érection de notre drapeau français sur le sol lunaire se retrouvait à la Une de la presse mondiale grâce à l’ingéniosité et l’opiniâtreté d’un jeune chercheur normand ? J’intégrais discrètement un camp de travail en Moravie où nous posions pour la plus grande gloire du Parti Communiste Tchécoslovaque des bordures de trottoir en granit entre deux villages de montagne.
Woodstock était dans l’air du temps, 68 encore tout proche. « Don, partage et amour, mes sœurs ! Aimons-nous sans entrave ! » J’avais les éléments de langage. Deux semaines d’un intense lobbying autour des feux de camp et des soirées guitare n’y suffirent pas, aucune volontaire, zéro décollage.

Dans la nuit du 21 juillet, humiliation suprême, sur le seul écran de télévision du village j’assistais en direct à ma défaite dans cette course impitoyable. Les Américains foulaient de leurs pieds immondes l’objet de mon culte.

Sur la route du retour je m’arrêtai à Brno, où pour me remercier, une spationaute suédoise à qui j’avais prêté un prototype de casque mou en feutre me proposa de l’accompagner sur son pas de tir. Échafauder un plan de vol précis dans son bureau d’études, peinard sous ses draps, est une chose, mais improviser au débotté avec de nouveaux paramètres, dans une langue étrangère, nécessite une présence d’esprit qui me fit défaut. Pourtant mise à feu et décollage se déroulèrent sans encombre, c’est lors de la phase ultime d’approche que je perdis le contrôle de ma navette. Émotion et précipitation de novice. Par chance, il ne s’agissait pas là d’un vol inaugural pour ma partenaire. Elle fit preuve de patience dans les manœuvres et guida mon module de si parfaite manière qu’à la fin je pratiquai un alunissage dont elle me félicita ardemment dans sa langue natale.

Aboutir après tant d’années de recherche, de mise à l’épreuve, de doute et d’échecs, prouvait une fois de plus qu’un travail mené avec passion et obstination finit toujours par être récompensé.

Seul regret, la discrétion imposée par la bienséance, ne pas pouvoir le clamer, le crier sur les toits et surtout à travers les rues de mon village.

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