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Avaler des merveilles

lundi 2 juillet2012

L’accroche avait de la gueule. Les trois escrocs m’avaient vendu l’affaire à peu près en ces termes : “Et au sommet t’apparaitra, au milieu d’une clairière à l’ovale parfait, un lac aux eaux pures dont, de l’onde cristalline, des naïades aux cheveux d’or sortiront pour entamer avec toi au crépuscule un ballet païen et torride qui te transfigurera et fera ressortir ton animalité brutale et sauvage”.

L’expérience se devait d’être initiatique, donc le premier jour fut consacré à la Vallée des Merveilles et à ces vestiges laissés par une jeunesse oisive en mal d’identité revendiquant à grands coups de silex le droit à exister. De cette période trouble, datant de 3000 ans avant J.C., ne perdurent que ces milliers de graffitis, obsession des autorités locales qui ont le plus grand mal à les faire disparaître.

Seul souvenir agréable de cette journée : ce petit en-cas diététique au refuge, terrines de pâté, rillettes, saucissons, “Rosé d’un jour” 2001 de Mark Angeli, le blanc d’Hervé Souhaut 2000 et Briand 99 de Gérald Oustric. Tout ceci sous le regard ahuri d’une bande de randonneurs patentés. Pour le reste, une vraie torture, marche forcée sous le soleil harassant et le soir s’il n’y avait eu ces deux bouteilles de Gramenon je serais allé me coucher sans boire.

Cette première journée n’avait eu pour but que de me distendre les ligaments du genou gauche et ainsi permettre le début d’un épanchement de synovie que je mettrais des mois à résorber, m’obligeant à abandonner la pratique du tennis de table et une carrière très prometteuse d’épongiste professionnel. L’ascension débuta par une très sévère côte au pourcentage ahurissant sous une pluie perfide et persistante qui coulait à l’intérieur de mon K-way, ruisselant le long du dos et des bras. Le souffle court aidé par une atmosphère saturée en humidité, j’ai grimpé durant des heures tout en me faisant bassiner les oreilles par le discours de l’escroc en chef qui ne cessait de vanter l’incomparable spectacle qui nous attendait. Et quand enfin nous arrivâmes au sommet dans un dernier râle, ce fut pour découvrir un marigot dans lequel nous aurions pu à peine patauger et entendre l’autre margoulin s’étonner à haute voix que c’était vraiment dommage car c’eut pu être “très beau”.

Depuis ce temps je prends bien soin de rester ami avec lui, mais ne manque pas une occasion de lui rendre, en sous-main, la vie plus difficile par de multiples mesquineries que je fais passer sur le compte de l’âge. En particulier j’ai mis de côté une sélection de vins exécrables que je compte bien lui mettre sur la table lors d’un vrai repas de m…. tout au souvenir dédié à ce week-end de 2003.

“N’oublions jamais!”