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Mon Dieu, pardonnez-nous!

jeudi 9 juin2011

Nous étions tranquillement attablés en terrasse, Jacfé et moi, devant un petit magnum de Mauzac Nature des Plageolles quand trois types sortis de nulle part nous mettent un calibre sous le nez en braillant “Si vous bougez, on vous sulfate la grappe!” Yeux bandés ils nous embarquent derechef sans ménagements dans un énorme 4×4 noir aux vitres fumées. Cinq minutes plus tard nous descendons tant bien que mal un escalier pour aboutir dans une pièce au sol couvert de graviers. Là nos ravisseurs nous libèrent de nos entraves et nous redonnent la vue. Nous sommes dans une très belle cave au design moderne équipée comme il se doit pour pratiquer le noble art du “torchage de boutanches” sauf que là il y aurait plutôt erreur, il s’agirait de “Dégustation de grands crus entre gens de bonne compagnie”. Nous tentons bien de leur dire que nous n’avons rien à voir avec cet endroit et les convaincre qu’il ne peut y avoir que méprise sur les personnes.

Un des encagoulés nous hurle “Vos gueules les gauchos! Vous allez boire ce que vous allez boire, y en a marre de vos vins à la con !” Nous sommes de toute évidence en présence de dangereux intégristes prêts à tout. Ils sont chargés totale SO² et toute discussion parait inutile. Le chef, un petit au fort accent marseillais, dirigeait les opérations : “Amène, qu’on en finisse!”  Meursault 2003 de J-F Coche-Dury, Batard-Montrachet Grand Cru 2000 du Domaine Ramonet, Ruchottes-Chambertin 2002 de Christophe Roumier, Mouline 1981 de Guigal.

Les bouteilles se sont succédées à un rythme infernal, pas le temps de s’attarder, il fallait boire, toutes les boire. Même pas le temps de leur dire un mot. On était au boulot. Nous ne serions libres qu’une fois les bouteilles vides. C’était de l’abattage.

Jacfé et moi ne sommes pas hommes à nous en laisser compter par quelques bouteilles qui se trouveraient malencontreusement en travers de notre chemin, il nous est arrivé par le passé d’affronter des tempêtes de grenache dans l’avallée du rhône, agrippés à certains comptoirs nous avons supporté de violents embruns. Nos beaux visages burinés en témoignent. Mais là nous étions à découvert, aucune connaissance du terrain, déstabilisés.

Que des vins inconnus dont on a juste entendu parler. Contraints, nous avons dû nous plier à la volonté de nos tortionnaires, nous avons tout bu jusqu’à la dernière goutte. Je crains, Mon Dieu, qu’à la fin nous y ayons pris du plaisir.

Que le saint patron des vins nature veuille bien nous pardonner.

Amen!