La croisière se murge – Part 3

Le lendemain, nous avons bravé un fort libecciu* pour  tester cette fois le comportement du vermentinu en altitude. L’expédition comprenait deux 4X4 Ford, plusieurs magnums dont certains étrangers à la Corse et un panier pique-nique incluant saucisson, coppa et lonzu locaux et un foie gras afin de parer à toute éventualité. Outre  Antoine et Antoine-Marie** Arena, Emeline nous accompagnait en sa qualité de guide de haute-montagne (Elle a gardé pendant plusieurs mois le refuge de la Quincave à Montparnasse).

L’ascension fut l’occasion de découvrir de près les terroirs qui nous font rêver, Morta Maïo, Grotte di Sole exposé au sud, Carco exposé à l’est, et enfin le couronnement avec l’arrivée tout là-haut, sous la falaise calcaire qui en été protège les vignes des rayonnements solaires meurtriers, mais parfois craque en laissant de gros blocs dévaler la pente : les Hauts de Carco!

Tandis que les sherpas déballent le matériel scientifique, Antoine nous explique que cette parcelle tout en haut de la pente assure paradoxalement une meilleure alimentation hydrique à la plante. Illico nous vérifions cette heureuse vertu désoiffante du lieu en siphonnant un magnum, délicieusement frais malgré sa température de service proche de celle d’un rouge. Monsieur Tonio prend un malin plaisir à servir ses blancs en se passant de la fraîcheur flatteuse du seau à glace.

Fortement grisés par la splendeur du panorama, nous abandonnons provisoirement l’austère retenue du chercheur. L’ouverture d’un fleurie de Foillard nous entraîne à une évocation des grandes heures du Bistrot des Envierges : François Morel et Ponpon furent les premiers à faire couler sur Belleville des flots de vermentinu et de niellucio, dans des temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

De retour au camp de base, les organismes sont marqués par l’effort. L’expérience du foie gras chaud semble avoir marqué profondément certains organismes. Une activité cérébrale soutenue associée au manque d’oxygène dû à l’altitude obligent les plus vaillants à s’offrir une intense séance de sieste. Antoine, grand maître 7ème dan, nous enseigne les rudiments de ce sport, sachant qu’il nous faudra s’entrainer sérieusement plusieurs années si nous désirons ne serait-ce qu’approcher de loin son niveau.

Ces instants de repos, de repli sur soi et même pour certains, d’introspection nous ouvriront-ils la voie de la sagesse suprême, car bien que nos intentions soient pures qu’en est-il de notre foie ? Serons-nous prêts pour l’ultime étape de notre mission ? Notre science saura-t-elle traduire en mots, au reste du monde resté tranquillement au bureau l’infinie subtilité des cépages corses ? Toutes ces grandes questions que vous vous posez et qui, face aux autres énigmes de l’Histoire, restent de tout premier ordre, l’Equipe GLOUGUEULE vous en donnera les clefs dans le dernier volet de notre aventure intitulé étrangement “Epilogue”.

* Vent méditerranéen soufflant du sud-ouest, c’est la dernière fois qu’on vous explique.

** La tradition corse voulant que le prénom de l’enfant soit composé des deux prénoms des parents me fait craindre le pire pour la génération suivante. Il ne sera pas forcément aisé de crier le prénom de l’élu pour qu’il vienne déguster à la cave avec son grand-père.

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