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Joël Teisseire, faut pas s’en priver.

mercredi 14 septembre2011

La veille de la représentation, la caissière m’avait bien prévenu : “Prévoyez de rester un peu plus longtemps! Là, cet après-midi, il est parti à Caillan, il répète avec son cousin!” Rénato et moi étions pile-poil à l’heure pour la séance de 10h30 et nous avions bien fait car la salle n’est pas bien grande, au maximum une demi-douzaine de spectateurs peuvent s’installer confortablement, plus vous priverait du plaisir de déambuler et suivre l’artiste sur le lieu de sa performance. Une chaise en bois dans un coin, la place handicapé, afin de répondre aux normes européennes. Une scène de 2m sur 4 juste séparée des spectateurs par un comptoir, à droite la caisse et au fond la porte de la chambre froide où attendent ses partenaires, l’entrée des lards tristes.

A notre arrivée la pièce venait de commencer, Joël Teisseire dialoguait avec un petit homme aux abdominaux aussi détendus que les bretelles de son marcel qui avait été blanc. Le sujet de ce 1er acte était, me semble-t-il, “De l’intérêt de planter 50 plutôt que 70 pieds de tomates pour faire du coulis”. Cette entrée en matière nous a permis de tout de suite mesurer l’envergure du personnage “Teisseire”. La belle soixantaine, grand, portant lunettes et sourire permanent, Monsieur Joël est de l’ancienne école, apprendre le métier sur le tas, vivre la situation, la méthode Actor’s Studio.

Acte 2 : Le bisteck de Mamie. D’où il ressort qu’il ne faut pas essayer d’en compter à Mamie, que si elle veut un bisteck pour elle et sa fille, qui ne mange pas de viande, il ne faut pas tenter de lui limiter le morceau à 250gr.

Acte 3, c’est là que nous entrons en scène. L’homme, fin psychologue, nous regarde et dit “C’est vous les andouillettes?” J’ai peu de texte mais encore faut-il que je le dise correctement : “Oui! Nous avons téléphoné hier pour réserver!” Son large sourire me disait “Hé! Je vois bien qui tu es!” Nous sommes comme qui dirait de la même confrérie, lui d’obédience “boucherie”, moi “épicerie”. S’ensuit la narration imagée de son parcours professionnel, Rouen en 68 puis le retour au pays et la boucherie de la Rue de la Rouguière à Montauroux. La difficulté de maintenir l’activité face aux hypers. L’installation dans la plaine de grandes surfaces qui présentent le double avantage d’aider les petits commerçants à prendre leur retraite anticipée et améliorer le niveau architectural du village, le style bardage métallique néo-provençal est d’un raffinement achevé. On ne remercie jamais assez les élus des communes qui favorisent l’implantation de ces entreprises philanthropiques, créatrices d’emplois sous qualifiés, payés au lance-pierre et qui laissent à nos enfants cet héritage de monuments qui sauront affronter l’éternité, tels les pyramides. N’oubliez pas de les remercier la prochaine fois que vous vous retrouverez dans l’isoloir.

Mais au fait pourquoi étions nous là? Eh bien je vais de ce pas vous le narrer par le menu. (c’est drôle comme j’aime ce mot : menu) Voilà, il y a quelque temps, au cours d’un repas où nous parlions exceptionnellement de produits qui transitent par l’estomac, Ponpon nous lâche “Alors pour ce qui est de l’andouillette, Julien Besson qui bosse Au Baratin m’en a fait gouter une tirée à la ficelle, faite de tripes de porc et pour le petit plus : un morceau de couenne. Parmi les meilleures que j’aie jamais mangées !” Dans la foulée je torturais Julien pour qu’il m’avoue la provenance. Dans un premier râle il me crache le morceau “Aargh! Tu en trouveras à la Boucherie Teisseire à Montauroux. Aargh!” Suffisait de demander. Voilà comment on fait cent kilomètres pour acheter une dizaine d’andouillettes. Dix kilomètres par andouillette, ça c’est du bilan carbone. P….! J’ai la forme, je me sens capable d’achever la planète à moi tout seul.

Boucherie Teisseire  –  Rue de la Rouguière  –  83  Montauroux  –  Tél : 04 94 76 43 98

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