Ma paire de Névromes.

Cela faisait bien longtemps que j’entendais ma fiancée me reprocher affectueusement une forte consommation et m’inviter à réserver mes dernières ardeurs. J’invoquais Glougueule, son haut-débit, de mauvaises influences, que je n’étais pas seul à boire ces bouteilles, que j’en connaissais des maigrelets, des rougeots dont la section œsophagienne laissait songeur au regard de la mienne, enfin toutes ces sortes de choses et d’autres encore plus lâches.

Afin de la rassurer j’acceptais de consulter. Les recherches de fuite chez l’urologue n’ayant abouti à rien, je relançais les dés et filais droit à la case gérontologue. Chez lui chaque visite se devait de commencer par le rapport circonstancié de mes incursions à travers le vignoble avec liste de tous les bons plans resto puis, si de la salle d’attente aucun grondement de mécontentement ne s’élevait, aucun vent de révolte ne soufflait, il s’occupait vite fait de ma petite santé. A l’évocation de ces voyages en vignes inconnues, je voyais toujours au fond de ses yeux briller une lueur d’envie et une autre d’agacement à la lecture de mes bilans sanguins, qu’il a toujours soupçonnés provenir de mon sportif de fils. « Punaise ! Comment tu fais ? Les gamma GT sont nickel. T’as une combine ?» Non, rien, aucune explication. Généralement je repartais en oubliant de lui poser les questions importantes qui m’avaient amené à le consulter.

morgonLa véritable raison n’a été entrevue que très récemment. Au lever j’avais un peu plus mal aux pieds que la veille, quand d’autres se plaignent de la tête, la sensation douloureuse d’avoir une paire de Lego incrustée. Sur cette plage de sable fin avoir la chance à chaque pas de marcher sur ces deux seuls galets, qu’ils se logent juste entre les phalanges trois et quatre et vous procurent une douce sensation de brûlure intense.

L’homme de l’art, podologue de son état, s’exprima  à peu de chose près en ces termes «Monsieur, le névrome de Morgon est rare chez l’homme et plus encore à chaque pied. Et bien ne cherchez pas plus loin, la nature vous en a doté d’une belle paire. L’intervention s’impose.»

Ben tiens, voilà la belle affaire, comme si j’avais besoin de me faire inciser les pieds façon gigot d’agneau pour découvrir qu’à en boire tant je ne pouvais qu’être victime de détournements sur le trajet.

On devrait immanquablement, après un minimum d’investigation, y découvrir tapies à quelque endroit de mon parcours sanguin, équipées de matériel sophistiqué, embarqués sur des vedettes rapides, des « choses » détournant à leur profit dans des jerrycans plastiques une grande partie du gamay que je destine d’ordinaire à mes entrailles.

Ou bien alors cela laisserait la porte ouverte à une autre hypothèse qui, dans cette éventualité malgré tout fort peu probable, me destinerait à une autre spécialité de la médecine. Je n’envisage pas d’y croire.

Névrome de Morton :

Le névrome de Morton (également nommée maladie de Morton ou métatarsalgie de Morton1), est une formation pseudo-tumorale siégeant sur un trajet nerveux à la face plantaire du pied. La zone concernée est une zone d’anastomose entre les deux nerfs responsables de la sensibilité de la plante du pied : nerf plantaire médial et nerf plantaire latéral. Elle est l’une des plus vues en consultation de médecine générale, d’ostéopathie et de rhumatologie.

Thomas G. Morton décrit en 1876 « une affection douloureuse de la 4e articulation métatarsophalangienne »2 en rapport avec des filets nerveux coincés entre les têtes métatarsiennes.

 

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