You’ll never drink alone!

Le temps ne fait rien à l’affaire. Les mois ont passé et ce qui au début aurait pu passer pour simple négligence amicale atteste désormais d’un manque de savoir-vivre certain. Il va falloir s’y faire, tu ne reviendras pas.
Tu as beau t’être fait la malle en loucedé comme à ton accoutumée, petit bout par petit bout cette fois, version pièces détachées, ton absence se remarque chez les amis, ton fauteuil reste vacant, une déshérence remarquée dans le mannequinat Glougueulesque, nul repreneur, personne à la barre.
Il y a un an avec ma fiancée, nous prenions le café, prêts à tailler la route pour te rendre visite, le panier rempli de victuailles, assemblage subtil de gras et gamays recommandés par notre faculté quand nous avons appris que tu avais décidé de quitter définitivement la Seyne. Du coup nous avons tout mangé et bu en ton honneur, ne doutant pas qu’être soutenu sur Terre par un tel comité t’assurerait une place de choix à la droite du bistrotier céleste.
C’était aussi mon jour de gloire, la sortie nationale de « Vingt en Vrac » deuxième tome de mon encyclopédie thématique « De l’Art de paraitre sçavant en toutes circoinstances » me procurait auprès de ma fiancée l’aura dont je rêvais. Enamourée, les yeux embués, elle faillit ce jour-là accéder à mon éternelle demande.
De méchantes langues avancent que tu aurais préféré décéder plutôt que d’avoir à avaler telle purge littéraire ? Je ne peux le croire.
Voilà ! Cela fait un an et je suis seul dans le train qui m’emmène à la capitale, personne avec qui partager mon pâté de tête, les beignets de châtaigne, le figatelli, pas de Dilettante de l’ami Pierrot sur la tablette, j’ai perdu mon partenaire de virée en terres vigneronnes.
Ton absence me pousse vers une sobriété non désirée ni consentie, rude épreuve pour qui s’est fait tatouer sur le torse « You’ll never drink alone » après avoir entendu, mal m’assure t-on, les chœurs de Liverpool entonner ce chant dans le stade d’Anfield Road.

Moulin Pey Labrie, un salon comme une colonie de vacances.

6 réponses à “You’ll never drink alone!”

  1. BRETON écrit :

    MIMI tu es toujours là. Trinch!

  2. delphine écrit :

    Smack !

  3. dire peau yack écrit :

    Même le Kaiser n’a pas résisté à son absence.

  4. Fred écrit :

    Et en plus, il faisait merveilleusement bien les cailles farcies.
    Décidemment, à part ce pantacourt, c’était vraiment un homme de goût !
    Définitivement tien. F.

  5. Jacfé écrit :

    Boire pour se souvenir.

  6. Damien Desjardins écrit :

    Trés beau texte plein d’émotions

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