Je n’ai pas encore lu “Eloge de l’excés” d’Emmanuel Giraud mais j’ai pratiqué. Enfin me semble-je.

A l’approche d’un phénomène naturel exceptionnel, il y a des animaux qui pressentent l’évènement et anticipent. L’homme a rarement la sagesse de les suivre et court souvent à sa perte.

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Il était prévu de longue date que la substantielle plus-value que nous avions effectuée en revendant deux bouteilles, dans un petit millésime, de deux premiers crus bordelais achetés à vil prix serait réinvestie chez notre ami Christophe Dufau des Bacchanales à Vence. De trois, nous serions cinq pour finir, rejoints par Alex, échappé de trois semaines d’un régime qui aurait pu, sans nous, être bénéfique, et Bonaventure, jeune marié, futur père et déjà ancien buveur. Chacun avait amené quelques-unes de ses plus belles bouteilles, sachant qui serait présent, autrement dit qu’il n’y aurait pas de gougnafiers.

Je ne sais si ce fut un tremblement de terre imperceptible ou ce début de Parkinson qui fait que je suis obligé d’adopter dans la plus petite pièce de la maison une position impropre à mon sexe au risque de me faire tancer, mais ce matin-là, tout mon être m’a chuchoté qu’il serait malin de solliciter ma fiancée pour nous véhiculer, car ma météo personnelle annonçait un “avis de vins forts, très forts” qui pourrait, vus les protagonistes, atteindre des sommets rarement atteints, un tsunami bacchique.

Tout a commencé en extérieur par une séance de spiritisme collectif autour d’une bulle et s’est terminé par la version spiritueux autour d’une Cartagène 98 d’Olivier Jullien et robustos cubains. En cuisine, rien ne nous a été épargné. L’équipe, en l’absence de Christophe, nous a régalés comme rarement et, ayant à notre disposition une très large palette de flacons, dirigés de main de maître par François Chassaignon, sommelier des Bacchanales, il nous a été aisé d’accompagner chaque plat de la bouteille idéale. Joueurs dans l’âme, nous avons tenté à chaque fois de reconnaitre à l’aveugle le vin qui nous était servi. Le peu de confiance que j’accorde à mon palais se trouvait justifié par les résultats obtenus. UNE sur QUINZE. Nous n’en avons reconnu qu’une seule. Le niveau peut laisser songeur quant à notre talent de dégustateur. ( Ma fiancée parle plus volontiers de nous en tant que gus tâteurs ). Cette bouteille, je peux l’avouer, c’était une Mémé 2003. Comme quoi notre boussole nous ramène malgré tout à ce qui constitue notre terreau, le fondamental. Mémé, la famille, chacun de nous savait que l’on peut compter sur elle.Bon! Où en étais-je?

Cela devait bien faire cinq minutes, une demi-heure selon ma fiancée, que mon téléphone vibrait quand, sérieux comme des papes, nous sommes descendus sur le parking. Il semblerait, selon les commérages, que le spectacle que nous offrions, était des plus drôles. Angèle et Lucile avaient devant elles cinq types hilares qu’elles devaient charger et livrer sur la vieille banquette en teck où nous dégusterions du bout des lèvres avant de nous séparer un champagne, vieille mise de La Closerie, un Overnoy 96, un Chaffardon Isidore 2007 et une autre excellente bouteille, dont j’ai oublié le nom. En fin de compte, je m’aperçois avec l’âge que mon problème n’est pas le foie comme le laisse supposer la faculté, mais bien plutôt ma mémoire. Même pas fichu de me souvenir du nom des 19 bouteilles que nous avons bues. Quelle misère!

Les Bacchanales – 247 Avenue de Provence – 06140 Vence – Tél : 04 93 24 19 19

 

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Une réponse à “Je n’ai pas encore lu “Eloge de l’excés” d’Emmanuel Giraud mais j’ai pratiqué. Enfin me semble-je.”

  1. Loustic écrit :

    Tenez, à vot’e santé, une p’tite mousse.
    Mais… quoi sur les tables ? Des clopes, hein ?
    Du clopinard, on veut bien !
    Bonne fin d’année à tous.

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