Placez votre argent chez Glougueule !

6 juillet 2020

Collet de vachette pleine fleur, teinture végétale, 12,5 cm fermé, 24×15 ouvert. Deux pochettes intérieures et 4 pochettes pour cartes. 100% faite main, cette merveille a été créée par Mylène Pratt Maroquinerie pour Glougueule. En temps de crise, vous pourrez y enfermer vos derniers précieux billets, et même vide, sa beauté vous consolera.

Objectif Lune.

10 juin 2020
Équipé pour la conquête de l'Est

1969 Année Hérétique.

Y poser le pied, telle était l’ambition affichée par la NASA. La petitesse d’esprit ! Quel manque d’envergure ! Sans l’avoir jamais parcourue, moi je la connaissais, je savais tout d’elle, de ses contours émouvants, de sa délicate géographie, imaginant sa partie la plus intime grâce à une iconographie empruntée sur la pointe des pieds au rayon dédié du marchand de journaux. Nuitamment je la célébrais. Sous mon chapiteau improvisé j’en avais dressé d’une main mal assurée de nombreuses cartes détaillées et mis en place un programme d’études ambitieux où la témérité des options techniques retenues pallierait le manque de crédit.

La question du Module Lunaire et plus spécifiquement son mode de propulsion y apparaissait sans objet, absolument vierge de tout usage, les batteries seraient à pleine charge. Le plan de vol était intentionnellement élémentaire, pas question de passer par une phase d’approche via une orbite elliptique aussi inutile que chronophage, mes calculs confirmaient l’option rectiligne, pas de préliminaire, à ce point certain de mon fait qu’aucune correction de trajectoire n’était planifiée. Il n’en était pas de même pour l’approche finale et l’alunissage, j’avais compulsé bon nombre d’ouvrages spécialisés, mais un grand flou subsistait quant à cette phase ultime, souvent évoquée comme un grand mystère.

J’avais dix-sept ans et me sentais très en retard sur le programme habituel des garçons de mon âge. Il arrive un moment où la théorie ne suffit plus, elle doit laisser le pas à la pratique. Peu importaient mes connaissances et la somme de travaux produits, je devais passer à l’action. Les ingénieurs de la NASA ne s’y trompaient pas, qui avaient vu en juillet une fenêtre de tir idéale. D’ici là je devais recruter, sélectionner et retenir celle des filles de mon village qui serait la première spationaute française.
Dès mes dix-douze ans, j’avais inscrit la fille du boucher sur mes tablettes, je nous avais imaginés sillonnant l’espace infini. La température n’excédant jamais les quatre degrés requis, j’aurais carrelé le sol de la navette et répandu quelques poignées de sciure afin qu’elle ne soit pas dépaysée durant notre éternel voyage. Malheureusement je n’ai jamais pu lui exposer mon projet, surveillée en permanence par une mère faisant office de cerbère et un père dont la stature colossale suffisait à me dissuader de toute prise de contact, même furtive.

Pour les autres candidates, je ne sais où j’ai péché ? Le manque de clarté dans la communication ? Ces petits mouvements de bassin pendant l’exposé ? Toujours est-il que courant mai, j’ai compris que le succès de mon entreprise passerait par une délocalisation, je n’avais suscité aucune vocation dans le bourg, seule ma connaissance de la topographie lunaire avait progressé grâce à la poursuite de mes travaux nocturnes.

Une opportunité s’offrit enfin lorsqu’une amie souhaitant rejoindre son amoureux en Tchécoslovaquie me proposa de l’accompagner. Fin des années 60, USA et URSS se livraient une guerre sans merci pour la conquête spatiale, tellement occupés à se surveiller qu’ils ne prendraient garde à ce petit français venu de nulle part. Et si durant ce bel été 1969, déjouant tous les pronostics, l’érection de notre drapeau français sur le sol lunaire se retrouvait à la Une de la presse mondiale grâce à l’ingéniosité et l’opiniâtreté d’un jeune chercheur normand ? J’intégrais discrètement un camp de travail en Moravie où nous posions pour la plus grande gloire du Parti Communiste Tchécoslovaque des bordures de trottoir en granit entre deux villages de montagne.
Woodstock était dans l’air du temps, 68 encore tout proche. « Don, partage et amour, mes sœurs ! Aimons-nous sans entrave ! » J’avais les éléments de langage. Deux semaines d’un intense lobbying autour des feux de camp et des soirées guitare n’y suffirent pas, aucune volontaire, zéro décollage.

Dans la nuit du 21 juillet, humiliation suprême, sur le seul écran de télévision du village j’assistais en direct à ma défaite dans cette course impitoyable. Les Américains foulaient de leurs pieds immondes l’objet de mon culte.

Sur la route du retour je m’arrêtai à Brno, où pour me remercier, une spationaute suédoise à qui j’avais prêté un prototype de casque mou en feutre me proposa de l’accompagner sur son pas de tir. Échafauder un plan de vol précis dans son bureau d’études, peinard sous ses draps, est une chose, mais improviser au débotté avec de nouveaux paramètres, dans une langue étrangère, nécessite une présence d’esprit qui me fit défaut. Pourtant mise à feu et décollage se déroulèrent sans encombre, c’est lors de la phase ultime d’approche que je perdis le contrôle de ma navette. Émotion et précipitation de novice. Par chance, il ne s’agissait pas là d’un vol inaugural pour ma partenaire. Elle fit preuve de patience dans les manœuvres et guida mon module de si parfaite manière qu’à la fin je pratiquai un alunissage dont elle me félicita ardemment dans sa langue natale.

Aboutir après tant d’années de recherche, de mise à l’épreuve, de doute et d’échecs, prouvait une fois de plus qu’un travail mené avec passion et obstination finit toujours par être récompensé.

Seul regret, la discrétion imposée par la bienséance, ne pas pouvoir le clamer, le crier sur les toits et surtout à travers les rues de mon village.

Un trop bref fragment du temps.

2 juin 2020

Rencontre au bord du lac de Charavines avec Pascal Perino et son équipe.

Sur le Sinaï, Moïse n’a pas hésité longtemps quand le Patron lui a proposé de choisir entre les Tables de la Loi et la Carte des Vins de l’Hôtel des Bains. Ce n’est pas que le barbu ne jouait plus de la gourde ou qu’il préférait se démonter l’épaule avec ses deux plaques de marbre. Non, tout simplement le parchemin bien trop long se prendrait à coup sûr dans les plis de sa robe, rendant toute descente digne improbable. Se vautrer devant ses condisciples et leur exposer son intimité, non merci, d’autant que notre prédicateur était un adepte du tout plein air et des tatouages confidentiels.
Cet extrait du Lagarde et Michard consacré aux premiers temps de la Chrétienté illustre bien l’image que je me faisais de l’Hôtel des Bains, une liste étourdissante et exhaustive imprimée sur papier bible, tant elle renfermait de références.
Toto, cet autre prosélyte, sans y être jamais allé m’avait décrit méticuleusement le lieu et confirmé l’extrême importance que nous avions de nous y rendre impérativement dès que possible par tous moyens de locomotion aériens, fluviaux ou terrestres dont nous pourrions disposer y compris par la violence la plus extrême. « Charavines c’est le St Graal disait-il, Bethléem et La Mecque réunis, pour les croyants intégristes tendance écolo que nous sommes c’est l’assurance de pratiquer notre religion et respecter ses préceptes avec une empreinte carbone réduite au minimum ».

Le salon des vignerons d’Albiez que Marcel Richaud organisait était l’occasion parfaite pour nous dévoyer. Deux heures de route nous mettraient en appétit avec une arrivée planifiée vers midi trente, idéalement pour le coup de blanc et la leçon de natation synchronisée des goujons du lac dans leur bain de friture. A la demie pile, les graviers sous les ombrages bruissaient de nos pas, on se doit d’être à l’heure à un premier rendez-vous. Détendu, le sourire aux lèvres, la mèche au vent et la sécurité du holster libérée, Pascal nous attendait prêt à dégainer le tire-bouchon. Le protocole des présentations d’usage fut escamoté au profit de chaleureuses poignées de main suivies de fraternelles embrassades, le temps était compté, il nous fallait bruler les étapes. Sans nous connaitre, nous avions la sensation confuse d’appartenir à une même famille, réunie pour le repas dominical traditionnel sous les platanes de la maison de l’ancêtre. Cinq assiettes de friture et un Château des Tours blanc atterrirent en entame suivis de deux côtes de bœuf persillées accusant chacune largement le kilo sur la bascule accompagnées de frites maison croustillantes et d’une salade, alibi choisi pour attester d’un contact avec un légume. Tout en orchestrant le service Pascal nous accompagna sur le registre du liquide, envoyant un blanc de Laurent Combier puis pour clore la rare cuvée « Parisy » assemblage de grenache et cinsault de E. Reynaud. Malheureusement deux impératifs nous entravaient le gosier depuis le début, à 17h nous devions déposer Philippe à la gare de Grenoble, puis reprendre la route jusqu’à Sisteron. Autant dire que ce repas s’était déroulé sous le haut patronage de Saint Ethylotest. D’ordinaire, lorsque nous jouons à domicile, Philippe et moi sommes capables de facilement démontrer les liens existants entre attraction terrestre et évaporation des liquides, mais là, pas question de déroger. Sages nous n’avons même pas terminé le Parisy, ce qui en d’autres circonstances aurait pu être pris pour un affront par notre hôte. Afin de nous imprégner du lieu et graver ces instants nous avons terminé par une visite complète de l’établissement en omettant la cave, c’eut été trop douloureux. Il y a des rencontres qui ne devraient se faire que dans la durée, sur le temps long, seule l’heure d’arrivée serait connue. Peu de choses auraient alors de l’importance, ce qui se fera la prochaine fois, qu’aucun de nous n’en doute.

On meuble…

8 mai 2020

Scénario et dialogues de Pierre Mortel

Mimi, Fifi & Glouglou – Androïde

7 mai 2020

Jeûne

2 mai 2020

Mimie, Fifie & Louloute – Le retour

29 avril 2020

Mimi, Fifi & Glouglou – Simple aveugle 3

22 avril 2020

Mimi, Fifi & Glouglou – Simple aveugle 2

16 avril 2020

Mimi, deux ans de confinement strictement respectés.

14 avril 2020

Bon, cela se confirme, le dépôt de bilan de ton blanchisseur nous l’avait rappelé, nous allons boucler une deuxième année sans toi et ton état de santé ne s’améliorant pas vraiment, je crains que tu ne reviennes plus désormais ou alors faudrait que la médecine fasse de sérieux progrès. Nous allons devoir nous y faire.

Tu m’as laissé au milieu du gué, un peu perdu avec ces leçons de vie issues de nos virées, restées sans suite, inabouties, saurai-je en tirer les précieux enseignements et les mettre à profit dans mon quotidien de mangeur-buveur ?

Car peu de gens se rendent compte, même deux ans plus tard, à quel point tu auras marqué de ton empreinte ce vingt et unième siècle naissant. Tes champs d’intervention étaient à ce point vastes qu’il sera bien difficile aux générations futures de faire la part des choses, démêler le vrai du faux, démasquer les usurpateurs et justement te réattribuer tes contributions, tant tes actions touchaient de domaines. J’aimerais modestement contribuer à en établir l’amorce d’un inventaire qui pourrait par des apports extérieurs tendre à dessiner les contours d’une personnalité à facettes multiples.

Dans le domaine de l’art, dire que tu serais l’inventeur du « tachisme » serait exagéré mais il est incontestable et nous le retrouvons dans sa correspondance, c’est après un voyage dans le Sud de la France et t’avoir rencontré dans un restaurant de fruits de mer où il était attablé à côté de toi que Jackson Pollock aurait eu le déclic, son univers pictural basculant irrémédiablement. Ce procédé naturel, tu le réutiliseras à Moulin Pey Labrie, ton boxer albinos somnolant sous la table bénéficiant tout un après-midi des fonds de verre que tu ne voulais plus boire, tu les lui as projetés méthodiquement sur le pelage. En fin de journée, une œuvre d’art nous est apparue. Tu venais de jeter les bases de l’art cyno-cinétique. Cette totale expertise, Glougueule en recherche permanente de talents en devenir, voulait l’exploiter. Ainsi naquit le projet d’une collaboration avec la création du ticheurte pré-bougnetté, chaque semaine nous t’aurions fourni en XXXL, cette taille qui seyait tant à ton petit corps, un par repas, à la fin du mois on en balançait une centaine sur le marché et ç’eut été le D’Jackpot ! Les gastronomes, amateurs d’art, avaient leur Ready Made.

Que dire aussi de ta méthode de dressage longuement mise au point à travers les générations de Boxer que tu as élevées et qui pourrait se résumer à : Suite à série d’injonctions précises énoncées clairement, le chien cesse toute activité, marque l’arrêt, enregistre l’ordre, regarde l’être qui lui a adressé la parole et ordinairement reprend sa besogne consistant à faire ce que la raideur de notre colonne vertébrale nous interdit. Il suffira souvent de quelques dizaines de séances pour que le chien, analysant son comportement lamentable, prenne conscience de son attitude déplorable et comme pour se faire pardonner gratifie son maître d’un nettoyage en profondeur de la devanture à grands coups de langue. La mise à niveau en continu est impérative, sinon les acquis se perdent.


La sculpture, ton domaine, où il fut question un temps, suite à l’exposition d’une de tes œuvres, d’ajouter un 119ème élément à la Table de Mendeleïev, la critique ébahie incapable d’appréhender la nature du matériau que tu avais utilisé, toi non plus d’ailleurs. La brève enquête menée dans et aux alentours de ton atelier n’ayant pu apporter plus de précisions, il fut décidé de n’en rien dire, les experts échappant ainsi à la risée du public. Ton art de la performance n’admettait aucune contrainte, ne connaissait pas de limite. Rappelons que tu es le seul à ce jour à avoir provoqué en combat très singulier un bateau à la frontière entre mer et terre, au bout d’un quai, opposant à la puissance dévastatrice de son beaupré démesuré la seule résistance de la vitre arrière de ta voiture. Constat à l’amiable fut établi afin de fixer cette action chevaleresque. Les Surréalistes t’auraient applaudi.

Pour aborder un des sujets qui nous intéressaient, la cuisine, qui n’a pas assisté à la préparation de ta Bouillabaisse ne peut imaginer la complexité de cette recette, la variété des poissons, certains ne pouvant, selon toi, s’attraper qu’à la carte bleue, leur ordre d’entrée dans la danse, défini par leur durée de cuisson. Tout ceci n’importe quel livre de recettes méditerranéennes vous le dira mais le secret serait leur prise de contact avec le bouillon. Distance, puissance, les impératifs à respecter. Munis de cirés, nous sommes quelques-uns à t’avoir assisté lors de cette phase périlleuse, te fournissant en poissons que tu lançais avec une précision aussi approximative que métronomique dans l’immense faitout, projetant sur les murs alentours l’excédent de bouillon. Même approche pour les calamars, les supions et toute cette bande d’encornets, bien des parois de maisons amies en gardent éternellement la trace. Cette dernière technique de cuisson dénommée « Wok in pro-graisse » en raison de l’utilisation de cet ustensile de cuisine ou de tout autre capable d’arroser les surfaces alentours. Et cette idée géniale d’utiliser le gras de jambon comme voile protecteur des verres de lunettes. Est-ce Boussac ou Afflelou qui y ont pensé ? Hé ben non, là encore c’est notre Mimi.

La cendre, adjuvant indispensable de toute éternité pour l’obtention de lessives d’une parfaite blancheur. Génial, tu l’as intégrée bien en amont, n’oubliant jamais d’utiliser la qualité dissolvante de l’alcool distillé pour apprêter le tissu. Cette étude sur le long cours a fait l’objet de nombreuses investigations comparatives chapeautée par un haut comité scientifique réuni sur ta terrasse. Question liquide, on peut dire sans crainte d’être contredit que tu as été le maître-étalon de la volatile, capable sans sourciller d’ingurgiter des potions labellisées « intorchables » par tout autre mortel. Seul un certain Ledoux, sous couvert de nous faire accéder au Nirvana des vins nature nous avait attirés au fin fond de sa campagne pour nous faire gouter une extraordinaire cuvée dont il avait raflé les dernières bouteilles chez le vigneron. La description qu’il nous avait faite du nectar avait suffi à nous convaincre de faire le voyage. Alors qu’il tombait en pâmoison, nous inondant d’adjectifs plus superlatifs les uns que les autres, je t’invoquais Mimi et croyais à une mauvaise blague dont tu aurais été l’initiateur.

Quelle tristesse que tu ne sois plus là, j’aurais eu plaisir à te le présenter, vous fussiez devenus amis illico.