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De la maison me parvenaient les injures que proférait Lucile, ma fille, à la vue du courrier du trésor public et leur témoignait par avance toute son affection : « Mais qu’est-ce qu’il me veulent encore? Ces enf…! ». Quelques secondes plus tard, je bénéficiai du même traitement : « Oh! le fourbe! Papa il faudra qu’un jour tu payes pour ça! » Il est regrettable que les enfants ne mesurent pas la part d’amour paternel et de tendresse profonde qui réside dans le mot « sucker » au beau milieu d’une page blanche. Pour me faire pardonner je lui ai servi un verre et tous les deux nous avons siroté accompagnés par les cigales.
Il ne sert à rien d’être une entreprise d’envergure internationale, d’avoir aux quatre coins du monde des correspondants, d’être coté au CAC40, si dans nos régions nous n’avons pas d’antennes pour relayer l’information. Pionnier en la matière, Philippe a participé pour nous à l’émission sur M6 « l’Amour est dans le pré ». Son nom, Bornard, le prédestinait : lâché dans le poulailler, notre héraut a porté bien haut les couleurs de GLOUGUEULE et s’il n’a pas trouvé l’amour dans le pré, il nous a confirmé, si besoin en était, que le plaisir, lui, est dans le verre.


Vigne en Foule c’est à Gaillac le restaurant du quintet Cazottes, Issaly, Lescaret, Plageoles, avec au piano Julien Bourdariès, impeccable interprète. C’est pour 16€ un menu du midi au rapport qualité/prix renversant, produits frais et de saison. La canicule nous poussant vers de la bulle fraiche et légère, nous avons opté pour le sydre de Bordelet à la pression, tout en glissant un Mauzac Nature dans notre gibecière pour la halte du soir prévue dans les Charentes sur un banc face au soleil couchant sur le fleuve Gironde.
L’ambiance sonore du lieu allait croissant à mesure que les bouteilles de la dizaine de table se vidaient. Tout le monde n’en était pas au même point. Visiblement les quelques gouttes de café que nos camionneurs de voisins ajoutaient à leur whisky leur échauffaient les oreilles, les obligeant à hausser le ton après chaque tasse. Pour nous ce furent de délicieux rognons de porc et une troisième bouteille. Mimi ayant réussi à conserver sa chemise intacte se lança le défi du jour en attaquant, par la face sud, un pied de porc à main nue et sans serviette. Moi je me suis rué sur un poêlon dans lequel des filets de morue avaient mijoté lentement accompagnés de tomates, oignons et olives noires.
Le souvenir de ce plat reste très intense, les saveurs étaient fantastiques, l’ensemble avait pris tout son temps pour réduire et délivrer tous ses arômes et comme je sais me contraindre pour garder mon allure de jeune homme, j’en repris deux fois. Ce qui fait trois, je crois. Et quatre pour les bouteilles de rouge. La suite prévoyait une entrecôte et le patron regretta que Vincent ne l’ait pas prévenu car il nous aurait cuisiné une paella dont il a le secret. Repus je me trainais jusqu’à la caisse pour régler la note. Tout en marmonnant, le patron griffonna sur la fiche le montant : 102€.