Pur Jus, soif d’apprendre

19 septembre 2016

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D’un côté, on a Bayer qui bouffe Monsanto, Lactalis qui étrangle les producteurs de lait et certain candidat à la présidentielle qui se demande si après tout, le changement climatique… Bon, ne sautez pas tout de suite par la fenêtre, on a aussi des bonnes nouvelles : Fleur Godart et Justine St Lô viennent de publier « Pur jus » aux éditions Marabout, et c’est LA bd glouglou de la rentrée,  220 pages aussi désaltérantes qu’une quille de macabeu !

Elles ont passé un an à butiner chez une petite trentaine de vignerons nature (Jeff Coutelou, Alain Castex, Philippe Jambon, Cyril Fahl, Catherine Riss etc, etc…) tout un pollen d’expériences, d’essais, de pratiques vigneronnes qui cherchent à comprendre au lieu de brutaliser. Tout ce que Davodeau nous révélait dans les Ignorants, Fleur et Justine le prolongent et l’approfondissent, au sens propre, puisqu’elles nous font descendre au bout des racines pour piger le processus de la mycorhize ou comment le manganèse devient soluble et donc toxique dans les sols de gneiss trop acides… Mais pas d’affolement, cette bd est comme un traité d’agronomie hyper-pointu qui serait capable de captiver n’importe quel public grâce à l’imagination sans limites de Fleur et Justine pour mettre en images des notions complexes. Les personnages changent de taille, ont tout d’un coup des bras en rameaux de six mètres de long, des ailes de papillons, pas de problème, tout est possible ! À lire pour avoir encore plus de raisons d’avoir soif !

Mimi, Fifi & Glouglou – Label

12 septembre 2016

Exceptionnellement, cette histoire est inspirée de faits réels et d’une personne réelle, un marin qui a besoin de faire des phrases, et pour qui un des principaux inconvénients du crabe, c’est qu’il n’y a aucun vin qui va avec.

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Avaler des Merveilles.

5 septembre 2016

En ce début septembre, il est temps de faire le point sur l’activité physique produite durant tout cet été et, si nécessaire, pratiquer quelques randonnées en montagne pour mettre ses actes en conformité avec les volontés affichées au début de l’été. Ainsi en 2003, nous tentâmes, non loin, en un week-end de combler notre déficit, le souvenir que j’en garde, outre des genoux définitivement cagneux, est pour le moins mitigé.

Délivrance revisité.

Délivrance. Le grand classique de John Bourremann

L’accroche transpirait l’arnaque, l’expérience serait initiatique, nous allions communier avec Mère Nature. D’entrée j’aurais dû me méfier, moi la nature c’est parfait à domicile sur Arte ou bien si elle se manifeste au fond de mon verre, mais devoir aller à l’extérieur pour la rencontrer, en altitude après plusieurs heures de marche, non merci. Les trois escrocs m’avaient vendu l’affaire à peu près en ces termes : « Et au sommet t’apparaitra, au milieu d’une clairière à l’ovale parfait, un lac aux eaux pures dont, de l’onde cristalline, des naïades aux cheveux d’or sortiront pour entamer avec toi au crépuscule un ballet païen et torride qui te transfigurera, exacerbant paroxistiquement ta viscérale animalité brutale et sauvage ». Autre passage du prêche, un truc du genre « tu trouveras en toi, au-delà de la douleur, un état de semi-conscience qui te rapprochera de l’absolue connaissance de ton toi profond ». Cette simple remémoration me stresse encore le fondement.

Mark Angéli

Mark Angéli. Rosé d’un Jour 2001

Le premier et avant-dernier jour fut consacré à la Vallée des Merveilles et à ces vestiges témoins du désarroi d’une jeunesse oisive en mal d’identité revendiquant à grands coups de silex le droit à exister, contestant cette société de consommation où il n’était question que de posséder toujours plus. L’un de mes compagnons fit remarquer, constatant l’absence de tout vestige de structure sociale d’accueil, qu’il était normal que la délinquance se soit développée dans ce désert culturel et aboutisse à ce chaos. De cette période trouble, datant de 3000 ans avant J.-C., ne perdurent que ces milliers de graffitis, obsession des autorités locales qui ont le plus grand mal à les faire disparaître. Seul souvenir digne me restant de cette journée, ce petit en-cas diététique au refuge, terrines de pâté, rillettes, saucisson, Rosé d’un jour 2001 de Mark Angeli en apéro, le blanc d’Hervé Souhaut 2000 pour maintenir la bouche fraiche et Briand 99 de Gérald Oustric en dessert.

Hervé Souhaut

Hervé Souhaut. Blanc 2000, qui devait être un de ses tous premiers millésimes.

Tout ceci sous le regard ahuri d’une bande de randonneurs patentés venus nous narguer avec leurs barres protéinées, qui, malgré l’immensité du site, étaient venus se coller à nous, le couple immédiatement à notre contact nous lançant des SOS désespérés du regard, nous suppliant de déverser par mégarde dans leurs gobelets plastique quelques gouttes de notre breuvage en lieu et place de cet horrible liquide inodore et sans saveur qui occupait tout l’espace de leurs gourdes, guettant, tels deux piafs affamés, le morceau de pain que nous abandonnerions chargé de sa strate de rillettes. Pour le reste, une vraie torture, marche forcée sous un soleil harassant, les tympans anesthésiés en permanence par un laïus insipide sur la beauté environnante, la qualité de l’air et les bienfaits de la randonnée en altitude. Harassé, détruit, je peinai lamentablement à marcher, mes vieilles articulations me faisant atrocement souffrir. J’invoquai Saint-Roch, patron des pèlerins, Saint-Jacques, des randonneurs, et Saint-Nicolas, des marchands de vins, tant mon martyr était grand, les implorant de me venir en aide. Seul ce dernier entendit mon appel, m’envoyant un signe chargé d’amour, j’aurais dû me douter que les deux autres ne feraient rien pour me sauver, étant vaguement croyant et pratiquant uniquement sur le trajet qui mène de la tonnelle à la cave. Alors que je m’apprêtais à entamer ma dernière ascension de la journée qui me jetterait totalement fourbu sur mon grabat, un pied en enfer, du fond de mon sac à dos, un doux bruit vint m’insuffler une grande bouffée d’espoir pour un retour à la vie. Tout au long de mon calvaire j’avais la journée durant promener sans le savoir au fond de ma besace deux bouteilles de Gramenon, imitant en cela les expériences tentées de vieillissement accéléré des vins en fond de cale de bateau ou au fond des mers. Mon supplice aura-t-il au moins permis de faire évoluer la science ? N’aurais-je enduré ce chemin de croix, subi cette épreuve en vain ? J’opérais lentement un demi-tour, redescendais les quelques marches et rejoignais à table les trois aigrefins. Seule la perspective de deux bouteilles de Gramenon pouvait me ramener à la vie l’instant d’un repas. S’il n’y avait eu ces Sagesse et Sierra du Sud je serais allé me coucher sans boire. Cette première journée n’avait eu pour but que de me distendre les ligaments du genou gauche et ainsi permettre le début d’un épanchement de synovie que je mettrai des mois à résorber, m’obligeant à abandonner la pratique à très haut niveau du tennis de table et donc ma carrière prometteuse d’épongiste professionnel. Pas de réseau, pas d’avocat, mais je me promettais dès notre retour à la civilisation d’entamer à l’encontre du gourou et de ses deux prédicateurs une action en justice. Finis les coups de rouge, ce serait dans un avenir très proche une avalanche de petits bleus.

Gérald Oustric.

Gérald Oustric. Le Mazel 1999, cuvée Briand.

Ultime jour, l’ascension débuta par une très sévère côte au pourcentage ahurissant sous une pluie perfide et persistante qui coulait à l’intérieur de mon K-way, ruisselant le long de mon dos et des bras. Le souffle court aidé par une atmosphère saturée en humidité, j’ai grimpé durant des heures tout en me faisant toujours autant bassiner les oreilles par le discours de l’escroc en chef qui ne cessait de vanter l’incomparable spectacle qui nous attendait. Et quand enfin nous arrivâmes au sommet dans un dernier râle, ce fut pour découvrir un marigot à moustiques dans lequel nous aurions pu à peine patauger et d’entendre l’autre margoulin s’étonner à haute voix « Quel dommage car c’eut pu être très beau, surtout avec cette pluie délicate qui en irise la vision ». Depuis ce temps je prends bien soin de rester ami avec eux, mais ne manque pas une occasion de leur rendre, en sous-main, la vie plus difficile par de multiples mesquineries que je fais passer sur le compte de l’âge. Je collectionne à leur intention des flacons douteux, voire exécrables, que je ne manque pas d’ouvrir lors de petits repas que nous faisons entre « amis », prenant un malin plaisir à les leur présenter de façon ostentatoire, leur rappelant aussi à quel point il est important pour moi de partager ces moments d’intense plaisir avec eux, eux mes vrais amis, eux grâce à qui j’ai découvert que l’ivresse décime. Ces bouteilles je les traque sans relâche, me renseignant sur les millésimes les plus pauvres des vignerons les plus incompétents, je fais les foires aux vins des grandes surfaces, repérant ici et là la pépite qui saura me rendre plus belle ma journée et ne pas regretter mon investissement. Il ne faut pas être ingrat avec les gens qui ont su vous procurer d’intenses émotions et je ne le serai pas, promis, juré, je ne le serai pas.

Texte extrait de 30 Nuances de Gros Rouge, aux Éditions de l’Épure.

Mimi, Fifi & Glouglou – Le sens du détail

29 août 2016

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En attendant le goût de l’eau.*

19 août 2016

Nous le savons, inutile de nous le brailler, nous sommes de vraies larves, août ne nous est pas propice, de même que les mois précédents. Alors pour vous faire patienter voici le fruit de la collaboration entre Zoé Thouron et Laurent Cazottes.

Bulleversant

En attendant le goût de l’eau, testez celui de la bulle de cazottes.

A boire dans toutes les bonnes ivreries.

*Je rappelle que Glougueule étant un repaire d’intellectuels forcenés, derrière chaque titre d’apparence anodine, chaque jeu de mots subtil, peut toujours se cacher une référence culturelle qu’il serait bon que vous enregistrassiez, afin de briller un tant soit peu dans vos sinistres repas de famille de fin d’année en ville. Et là en l’occurrence nous avons emprunté à peu de frais à l’ami Samuel Beckett, qui n’en est toujours pas revenu devant tant de légèreté. Nous pensions à tort recevoir de sa part une missive à la limite du courroux de ne pas lui en avoir fait une demande préalable. Rien à ce jour, comme quoi !!!!

Amour toujours.

3 août 2016

Avec l’âge cela ne s’arrange pas et demain sera pire, n’en doutons pas. Difficile après notre tournée d’inspection dans le Roussillon de reprendre un rythme s’apparentant à quelque chose qui se rapprocherait d’un battement de cils, d’un effort vague. Heureusement nous ne sommes pas encore séniles, nous avons su détourner Zoé de sa trajectoire fulgurante et la contraindre quelque peu afin de palier nos défections. Le bras tordu, elle nous a dessiné cette merveille, extrêmement drôle. Il est vrai que d’en être l’auteur m’éloigne peut-être d’une certaine objectivité. Dites-moi, je rectifierai.

Amour Toujours

Avant d’en arriver aux dernières quatre planches, un passage en bois quasi obligé.

Avec une petite aide de la part de mon ami.

18 juillet 2016

Selon la recommandation de son cardiologue, l’un est parti quelques jours dans le jura avec un de ses partenaires de comptoir favoris, tester l’élasticité de ses coronaires et vérifier sa résistance hépatique à une immersion prolongée en un milieu saturé de poulsard, tandis que l’autre se remettait lentement d’une électrocution de première, abattu au magnum avec neuf autres camarades, on relevait autant de victimes que de magnums. Alors dire que nous étions prêts pour envoyer notre traditionnel chef d’œuvre du lundi serait mensonge. Heureusement qu’il y a Kopin Lorrain.

Merci Kopin!

Un vieux coup au moral

Dessin de Lefred-Thouron, paru dans le Canard Enchainé.

Langue de gueule de bois

11 juillet 2016

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La goutte de crème qui a fait déborder la baratte.

4 juillet 2016

L’étau se resserre, trois moins une égale deux. Si nous étions plus sages nous apprendrions dès maintenant à aimer ce goût si particulier, à apprécier sous la langue cette texture proche du gypse en poudre additionné de son volume en eau ou se délecter de cette palette de saveurs insipides et nous l’enseignerions à nos enfants afin de préparer les générations futures à oublier notre appétence naturelle pour les produits vrais. A quelques dizaines de centimètres près, souvent nous n’arrivons pas à en déceler la provenance. En est-ce vraiment ? Ou n’en sont-ce que les appâts rances ? Plus que deux fromageries productrices indépendantes de Camembert d’Appellation d’Origine Contrôlée. Dernière à sombrer dans le gouffre abyssal de la constellation Lactalis, Graindorge vient de rejoindre le cortège de celles qu’il va nous falloir rayer de nos listes de courses. Elle sera sans nul doute la perle que l’on expose dans la vitrine, celle qui permettra de continuer à vous faire avaler ces quelques 250000 rondelles blanchâtres quotidiennement produites, la caution indispensable en ces temps où les multinationales se refont des virginités à peu de frais.

Fromagerie Gillot

Fromagerie Gillot

Alors les Amis, là pour le coup c’est terminé. Jusqu’ici je m’étais obturé le clapoir, j’avais toléré sans rechigner le lait pasteurisé, la crème allégée, le beurre anti-cholestérol, le yaourt au biomachin rétro-actif, bon il est vrai que l’exercice était aisé, j’en mange pas. Pas par principe, non tout simplement tout petit j’ai été vacciné contre tous ces immondices. Marcelle, ma petite grand-mère chérie, la tête appuyée contre le flanc de la vache, dirigeant le jet d’une main experte, me faisait boire le lait au pis de la vache et je rapportais en courant à la maison dans ma petite timbale en alu cabossée ce lait entier qui serait mon petit-déjeuner du lendemain. Dans mon assiette une demi-louche d’une crème jaune et épaisse qu’elle saupoudrait d’un nuage de sucre pour m’en faire un dessert. Avec elle, debout sur un seau renversé, j’ai tourné à en perdre haleine les bras de l’écrémeuse et de la baratte. Mes papilles noyées dans le crémeux du beurre ont appris à se laisser apprivoiser par les grains de sel qui venaient exploser en bouche. Et quand il était question de fromage, ce ne pouvait être que du Camembert de la fromagerie Bourdon, produit à Barbery petit village proche, toujours fait à cœur à la croûte légèrement orangée, s’échappant dès qu’on l’avait entamé.

Fromagerie Mercier

Fromagerie Mercier

Tout ceci me rend triste et je crains que cette récente acquisition ne soit une fois de plus pour moi comme un signe, un encouragement à boire un peu plus. Ah! P… de M…! Mais ça c’est interdit, je ne devrais pas l’écrire, ce serait comme qui dirait une forme d’incitation à  l’excès. Boire quelques gorgées d’un pétillant naturel, d’une jolie bulle, c’est interdit car c’est de l’alcool et donc destructeur de vie, mais ingérer une parcelle d’un morceau de plâtre à base de lait pasteurisé réensemencé avec des ferments d’affinage, ça c’est bon. C’est ça? Ou j’aurais mal compris? Heureusement face à la malbouffe nous, citoyens, sommes protégés par nos élus vigilants et l’ensemble des organismes chargés de lutter contre ces dérives. Et si par le plus grand des hasards nous ne l’étions pas, peut-être serait-il judicieux que le consommateur prenne le pas sur le citoyen. Un véritable parti de « consommateurs » ne serait-il pas plus influent que le troupeau de veaux que nous sommes ??? Créer un « groupe » au fait des organigrammes économiques qui par ses lumières nous éclairerait et nous permettrait, non pas de lutter contre, mais tout simplement de boycotter telle ou telle marque peu « vertueuse ». Faire fluctuer à la marge , là où se situe souvent le bénéfice, en n’achetant plus les produits de telle ou telle société ou au contraire en achetant massivement telle autre, n’est-il pas le meilleur moyen de retrouver le pouvoir de consommer « proprement » que nous n’aurions jamais dû perdre. Alors les Amis, dès demain chez vos crémiers réclamez avec moi tous en chœur « On veut du Millot et du Gercier! On veut du Millot et du Gercier! » Ah Ooouais! Douze degrés quand même le Pèt’Nat. Faut toujours faire gaffe avec ces productions naturelles, on a un peu tendance à éxagérer, alors qu’avec l’industrielle on reste dans le raisonnable. Je suis entrain de dire une connerie là ???

*pot à lait, pour les non-normands

Oxygène

29 juin 2016

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