Quincavivialité
Samedi 27 février2010Miracle! Des traces de vie ont été observées récemment dans le VIème arrondissement parisien, ce territoire que l’on pensait devenu un désert humain. Une expédition récente aux confins de la rue Brea en apporte la preuve irréfutable.
Tout commence il y a peu, quand votre serviteur reçoit un appel d’un viticulteur tourangeau, célèbre pour sa capacité à tirer du cabernet franc des accents mozartiens : « Toto, on se retrouve chez Fred ce soir pour l’apéro. -Ah non, impossible, je suis débordé de boulot. Bon, quelle heure? »
Un quart d’heure plus tard, je pousse la porte de la Quincave, et le taulier m’accueille en me serrant tendrement dans ses bras (deux vertèbres démises). Un verre de pétillant sarthois (et re-sarthois tant qu’il y en a) de Monsieur Jean-pierre Robinot atterrit dans ma main, m’assurant d’emblée une parfaite ouverture des chakras. Du coup, je pose sur mon environnement un regard plein de confiance, et que vois-je? Une cave, certes, toute tapissée et rayonnée de bouteilles aussi aguicheuses les unes que les autres (Fred, ne l’oublions pas, est un pionnier des vins naturels), mais au milieu de cet espace pourtant confiné, notre homme, lassé de ne jamais savoir où poser son verre, a installé ce qu’il faut bien appeler un bar, entouré de tabourets sur lesquels sont posés des fesses, dont les propriétaires sont venus, après une journée de dur labeur, échanger, rigoler, boire des coups.
FRED A RÉINVENTÉ LE BAR A VINS!!! Eurekave! Alleluiave! Ah, il est fort, le bougre, il fallait le faire! Dans un Montparnasse dispensateur de clichés frelatés de la bohème modiglianienne, aux brasseries aussi appétissantes que le salon d’accueil d’un funerarium, voilà qu’on peut se pointer dans une cave, choisir une bouteille, la faire ouvrir pour un modique droit de bouchon et payer un coup à ses voisins. AUXQUELS VOUS AVEZ LE DROIT DE PARLER!!! Attention cependant! Fred est déjà bien connu de nos services. Cet individu peut désorganiser un emploi du temps aussi sûrement que Coach Raymond le jeu de l’équipe de France. Ne venez pas vous plaindre si vous tombez dans le maelstrom spatio-temporel. Il existe autour du 17 rue Brea un phénomène de physique gravitationnelle sur lequel calent les plus grands spécialistes des trous noirs. Einstein, reviens nous expliquer pourquoi chez Fred, la porte marche mieux dans un sens que dans l’autre!





Je ne sais ce qui me fait immanquablement penser à la couleur rouge lorsque j’évoque Catherine et Gérard BOSSÉ. Peut-être cet apéro au lendemain d’une soirée passée dans leur restaurant de l’île de Béhuard, qui s’appelait « Les Tonnelles ». La nature avait retrouvé ses droits et Béhuard était redevenue une île. Arrivés nuitamment, bottés, par un parcours initiatique qui longeait la Loire en crue, intermède en barque aux plus hautes eaux, majordome et candélabres à l’arrivée, puis les derniers mètres dans les ruelles sombres pour, soudainement,
atterrir sur une autre planète faite de lumière et de cris de joie, d’entre-choquements de verres, jusqu’à l’aube.




J’engloutissais de jolies sommes pour un piètre résultat. Puis un jour j’ai rencontré Euterpe, ou son représentant local pour être plus exact, je ne l’avais pas imaginé petit, cheveux blancs, d’origine guadeloupéenne avec des yeux pleins de malice. Le fait qu’il ne livrait pas à domicile m’a rassuré. Aprés, alors là c’est une autre histoire. Un jour j’ai entendu une paire de Vecteur Spec III drivée par une électronique hors normes, j’étais abasourdi. Comme pour les grands vins, il y avait tout. La précision de la scène sonore, la pureté des aigus, le soyeux des médiums et l’intensité contenue des graves. Là je me suis dit c’est CE son que je veux. J’ai d’abord trouvé les enceintes en occasion et ce n’est que le jour où William ANDREA m’a dupliqué son système personnel que j’ai retrouvé CE fameux son. Depuis j’ai viré les câbles de chez Van Cleef & Arpels et je n’ai plus rien acheté ailleurs que chez lui.
Je ne lis plus de revues spécialisées, juste j’écoute la musique. Je pense à tous ceux qui errent dans la sphère des vins préfabriqués, ignorants qu’ils sont du monde des vins naturels, eh bien il en est de même pour le son. Ceux qui pensent écouter de la musique avec leur « tout’en un » de chez Sony, ou pire de Bang & Olufsen sont à des années lumières de ce qu’ils éprouveraient sur un système de chez William ANDREA. Toujours le parallèle avec le vin, bien sûr cela a un prix mais on a qu’une vie, une paire d’oreilles et à la fin il n’y a pas de touche « rewind ». Faites-vous plaisir dés maintenant pour les Fêtes de la Toussaint et profitez des derniers systèmes que W.ANDREA vend à prix trés réduits. Il cède l’ampli et la platine CD à 1000€ l’unité + port au lieu de 6600€ la paire dans le commerce. Dix paires de ces magnifiques boucles d’oreilles sont à la vente, pas une de plus.
Il nous avait été rapporté que Mimi n’était pas l’auteur des taches relevées sur ses ticheurtes, qu’il les faisait prétacher dans un pays d’asie du sud-est par de la main d’oeuvre sous-qualifiée, payée au lance-pierre. Sachant qu’il exposerait ses sculptures au Salon du Chateau Moulin Pey-Labrie nous nous sommes rendus incognito à Fronsac.
Quelques renseignements glanés de ci, de là et surtout notre arrivée surprise, en pleine installation, nous ont permis de constater de visu le côté infondé de ces assertions ignominieuses. Nous pouvons l’affirmer, sans l’ombre d’un doute, Mimi est bien l’auteur de ses bougnettes.
Je rappellerai que le seul document en leur possession sur lequel figure le vague chiffre de 85 quelque chose date de plusieurs années et qu’aucun lien formel entre cet homonyme parfait et moi n’a pu être établi. Toujours est-il que lorsque j’ai voulu réintégrer cette chambre samedi dernier, celle-ci était occupée. Renseignements pris il se serait agi d’un certain Vincent CANTIE, vigneron copropriétaire du Domaine de la Tour Vieille à Collioures.
Ses cheveux blancs ont plaidé pour lui, je me suis dit qu’il n’aurait pas été chrétien de déplacer ce vieux monsieur qui avait déjà pris ses repères pour les nuits à venir. Trois jours à le cotoyer m’auront appris à mieux le connaitre, tout d’abord qu’il était plus jeune que moi de deux ans (j’oublie trop souvent que la nature m’a dôté d’un physique avantageux), sa compagnie s’est révélée fort agréable particulièrement à l’heure du cigare quand il nous fit déguster ses excellents banyuls. J’en vins même à regretter la séparation. Et c’est à cet instant que j’ai compris pourquoi je n’avais aucune chance dés le départ de récupérer cette chambre, sur son gilet étaient brodées ses armoiries sur lesquelles j’ai pu lire sa devise « CANTIE t’y restes ».
Une récente visite chez Mimi, notre mannequin vedette, m’a permis de constater à quel point cet homme remarquable maitrisait l’art du camouflage. Installez-vous en bout de table, à l’affût, et rapidement vous le verrez disparaitre dans le paysage culinaire. Justement ce jour là il nous avait mitonné sardines à l’escabèche et une
daube de poulpe, animal marin qui, à son image, possède cette capacité à se fondre dans le décor. Il avait choisi son polo préféré « Tu peux r’boire », choix judicieux, accord parfait tonal avec sa couperose Made in Normandie. On préparera la surface dès l’apéritif avec une sous couche de vin effervescent, puis une première couche de sauce, trés importante car fondatrice et seule garantie pour la stabilité dans le temps des vraies taches, ensuite on alternera par quantités, si possible, égales liquides et solides. Et, à l’image des Stradivarius, le secret de la patine résidera
entiérement dans la qualité des cigares dont on prendra soin d’en bien répartir les cendres sur les zones à lustrer.
On fixera le tout à la bave de boxer, seule reconnue par la faculté. Mais le seul signe qui vous permettra de passer pour un expert, la signature de Mimi, le secret génial qui le rattachera à tout jamais à l’histoire universelle de la bougnette c’est la goutte de Calvados qui donne cette touche inimitable, ce léger fumet qui le distingue des autres productions, mineures pour la plupart. Longue vie à toi, Mimi, notre Inés de la Fressange, à nous.
La deuxième journèe Monsieur Fred me l’avait vendue sur plan : Diégo vient nous rejoindre puis nous filons en Opel Rekord jusqu’au studio du Guillaume. (REKORD et non Kadett comme je l’avais affirmé dans le premier tôme de cette saga, je tiens à rectifier car je fus vertement tancé par le propriétaire de l’auguste véhicule). Là, je participe en tant que guest tare au roman photo de cette célèbre revue de bandes dessinées. Je dois reconnaitre que cela me fait briller l’égo et qu’il m’arrive un phénomène que l’on pourrait assimiler
à un vague début d’érection. Retour au bercail, préparation des destriers de métal qui nous transporteront jusqu’au lieu de notre rendez-vous. Equilibrage savant des sacoches, sachant qu’un magnum vaut deux bouteilles et que chaque sacoche a un volume de 3.5 litres, quelle sera la différence de pression des pneus entre l’aller et le retour ? Grâce aux commentaires pendant la traversée cyclopédique de Nancy je sais, si je me perds, qu’il faut à partir du pâtissier, qui est un des meilleurs, aller tout droit jusqu’au boucher qui est top et fait des saucisses à tomber, rejoindre l’excccccccellent boulanger, de là tu es à deux pas de la maison.
Nous arrivons comme prévu à la fin du service, Yves est vite rejoint par l’Alex, propriétaire du lieu de perdition l’Echanson, suivi de peu par le couple SCHUELLER, vignerons aux pieds alsaciens à tête méditerranéenne. Et à partir de là Monsieur le Commissaire je ne me souviens plus de tout. Je sais que le premier à avoir dégainé c’est Yves avec un couple de bouteilles slovènes, un blanc, un rouge. Je me souviens que c’était Cotar le nom puisque nous nous sommes demandés s’il s’agissait du célèbre abbé qui se serait reconverti. Ensuite Alex a sorti une vieille cuvèe d’OSTERTAG qu’il nous a faite goûter à l’aveugle. Gérard a dégoupillé ses échantillons du millésime et quelques quilles de riesling.
Entre temps Antoine, propriétaire de ce magnifique endroit qu’est » Au Grand Sérieux », nous avait servi un carpaccio de bœuf pour homme qui m’a bousculé les papilles. Tout ce que j’aime était là dans mon assiette. Le goût et l’odeur, la complexité des arômes et leur persistance, l’aspect, la quantité. Savoir que vous allez vous délecter et longtemps, en plus. J’aime. J’ai rendu mon assiette avec un sans faute, pas une trace. Dire que j’ai aimé cette entrée est peu dire. Deuxième acte : queue et joue de boeuf en cocotte accompagné de légumes croquants, petites pommes de terre nouvelles au beurre, sauce moutarde. Là j’ai tendu l’autre joue. A cet instant Monsieur le Commissaire je me suis dit qu’il était l’heure de régler nos comptes et j’ai sorti le magnum d’Ultime 2003 d’Yvon, ils n’ont pas fait un pli. Plus nous en buvions, meilleur c’était et à ce jeu le redoutable
Nancéen n’a pas son pareil. Heureusement la sacoche renfermait une autre surprise, une Sagesse 2001 de Michèle AUBERY qui nous a permis de faire la transition avec le dessert. Antoine nous avait préparé des fraises, mais pas que, avec une pointe de menthe fraiche sur lesquelles Gérard nous a ouvert sa bulle « Naturellement Refusé ». Puis est venue l’heure de nous séparer, mais déjà je savais que ce repas comptait parmi les plus intenses. Antoine, si tu lis ces lignes sache l’étendue de ma gratitude pour ce fabuleux repas, pour renouveler un tel plaisir je serai capable de vilénies.
Jacques LACARRIERE rappelait ce souvenir. En sortant de l’école, il passait à la boutique de son père et tous deux, main dans la main, traversaient la place du village pour rentrer déjeuner. Un jour, au douzième coup de cloche son père émit un magnifique pet sonore et lui dit : « Tu vois mon fils, Dieu et moi sommes à l’unisson! ». Et bien, il en était de même ce jour-là. Michel TOLMER et moi, dirigés par nos estomacs, portions nos pas vers sa nouvelle bonne dernière adresse : Le Jeu de Quilles au 45 de la Rue Boulard dans le XIVeme tél : 01 53 90 76 22.
(En cas de famine rien ne vaut la truffe d’un faux maigre pour vous mener là où il faut.) A peine avions-nous poussé la porte que soudain nous vimes défiler devant nos pauvres yeux horrifiés les images de notre future et proche déchéance. Là, joviaux et hilares se tenaient Georges DESCOMBES et Jean-Baptiste ARENA, le coude greffé au comptoir, attendant qu’une table se libère.
N’écoutant que notre courage, nous décidâmes de leur tenir compagnie. Romuald coupa quelques tranches de jambon et à la fin du service sortit les fonds de casseroles, quelques flacons de bonne facture dont un excellent « Les Longues Vignes » de Chaussard et Gaubicher, puis plus tard, mais bien après, vint l’heure de nous séparer. 1969, deux astronautes : Armstrong et Aldrin se rencontrent sur la Lune. 40 ans plus tard, 2009, nous tombons par hasard sur nos camarades au Jeu de Quilles. Parfois ces percussions de l’espace temps me glacent les sangs. Brrrrr!